À Pélussin, 59 salariés vivent dans l’angoisse d’un avenir incertain. Le Relais, structure phare de la collecte et du recyclage textile en France, fait face à une équation financière insoluble. Cette entreprise de l’économie sociale et solidaire, qui emploie près de 3 000 personnes sur l’ensemble du territoire, pourrait cesser ses activités avant la fin de l’année 2025.
La crise trouve son origine dans un déséquilibre structurel entre les coûts réels du traitement des textiles et les compensations versées par l’éco-organisme Refashion. Cette disparité financière met en péril la viabilité même de l’activité. L’éco-organisme Refashion verse actuellement 156 euros par tonne de textile triée, alors que l’État évalue les coûts nets de cette opération à 304 euros.
Cette différence de 148 euros par tonne transforme chaque opération de tri en perte financière pour la structure. Ce déficit systémique rend impossible la poursuite de l’activité dans les conditions actuelles, avec une échéance critique fixée au mois de septembre.
Face à cette impasse, Le Relais à Pélussin a décidé de frapper fort pour alerter l’opinion publique et les décideurs. Ce mardi matin, des actions spectaculaires ont été menées simultanément dans plusieurs villes françaises. À Givors, les militants ont déversé symboliquement des montagnes de vêtements devant les enseignes de mode, ciblant particulièrement le groupe Kiabi. Ce choix n’est pas anodin : le directeur de cette chaîne de magasins préside le conseil d’administration de Refashion, l’organisme au cœur du conflit financier.
Des vies bouleversées à Pélussin
Dans la commune du Pilat, l’inquiétude grandit parmi les 59 employés du centre de tri local. Pour beaucoup d’entre eux, Le Relais représentait bien plus qu’un simple emploi : une chance de reconstruction professionnelle et sociale. Au-delà du simple aspect professionnel, il voit dans Le Relais l’incarnation de ses convictions écologiques et de son engagement pour l’économie circulaire.
Une grève de la collecte pour sensibiliser
Depuis mardi, Le Relais a déclenché un mouvement de grève touchant l’ensemble de ses activités de collecte. Cette action de protestation vise à alerter les pouvoirs publics et la population sur la gravité de la situation.
Le centre de Pélussin, qui traite quotidiennement entre 17 et 20 tonnes de textiles sur un rayon d’action de 150 kilomètres, a suspendu ses tournées de ramassage. L’organisation demande aux habitants de conserver temporairement leurs dons de vêtements pour éviter la saturation des conteneurs de collecte.
Un appel au secours vers les collectivités
Cette mobilisation constitue un véritable appel au secours adressé aux collectivités territoriales et aux décideurs politiques. Le Relais, structure à but non lucratif, espère obtenir rapidement un soutien financier qui permettrait de combler le déficit structurel.
L’enjeu dépasse largement le simple maintien de l’emploi : c’est tout un maillon essentiel de l’économie circulaire française qui risque de disparaître. Cette crise révèle les failles d’un système où les coûts réels du recyclage ne sont pas correctement pris en compte dans les mécanismes de financement.
La survie du Relais conditionne non seulement l’avenir de milliers d’emplois mais aussi la crédibilité des politiques environnementales françaises en matière de gestion des déchets textiles.


