Le temps d’une journée, l’amphithéâtre du lycée Claude Fauriel a troqué ses cours magistraux contre les codes du Conseil de l’Union européenne. Quatre-vingt-deux lycéens répartis en délégations de trois ont chacun endossé le rôle d’un des 27 États membres, chargés de débattre d’un texte fictif portant sur la création d’une défense européenne commune. Un sujet qui, dans le contexte international actuel, a largement dépassé le cadre de l’exercice académique.
Cinq mois de préparation pour quelques heures de débat
Derrière cette journée de simulation se cache un travail de fond entamé dès le mois d’octobre. Analyse de textes institutionnels, rédaction d’amendements, ateliers de prise de parole, entraînement à l’expression en langue étrangère : les participants sont arrivés à Saint-Étienne avec de vrais arguments. Chaque délégation devait maîtriser la position officielle du pays représenté — ses intérêts, ses réticences, ses alliances potentielles. Léna, venue de Chazelles-sur-Lyon en spécialité géopolitique, incarnait l’Italie : comprendre sa doctrine de défense pour voter en cohérence, même quand cela allait à rebours de ses convictions personnelles.
Apprendre autrement, et ça se voit
Pour beaucoup d’élèves, la formule tranche radicalement avec le quotidien de la salle de classe. Travailler en groupe sur des documents longs et techniques, négocier avec d’autres établissements, défendre une position devant un amphithéâtre : l’exercice mobilise des compétences que les programmes scolaires effleurent rarement. Carla, lycéenne à Roanne, reconnaît ne pas avoir l’habitude de travailler sur des articles dans un format aussi exigeant. Jules, en terminale à Chazelles-sur-Lyon, y voit surtout une façon inédite de se glisser dans des rôles inaccessibles au quotidien, pour comprendre concrètement comment l’Europe et la sécurité européenne fonctionnent.
Le projet est né d’une Cordée de la réussite portée par les classes préparatoires économiques et commerciales du lycée Claude Fauriel, avec l’ambition de créer un vrai pont entre le lycée et le supérieur. Des étudiants préparationnaires interviennent directement dans les établissements partenaires tout au long de l’année. Grand oral, argumentation, débat contradictoire : les compétences travaillées recoupent aussi bien les exigences du baccalauréat que celles des premières années du supérieur.
Des citoyens européens en construction
Au fond, l’ambition dépasse largement la simulation institutionnelle. Former de jeunes gens capables de comprendre l’Europe, d’y prendre part et d’y porter une voix : voilà ce que revendiquent les organisateurs. Derrière les micros de cet amphi stéphanois, peut-être quelques futurs étudiants en sciences politiques — ou quelques futurs décideurs qui siégeront un jour pour de vrai à Bruxelles.


