La Loire n’échappe pas à la dynamique nationale. En 2025, 1 770 dossiers de surendettement ont été déposés auprès de la commission départementale de la Banque de France, soit une progression de 6,9 % par rapport à l’année précédente. Le niveau d’avant-crise sanitaire est désormais dépassé de 16 %, plaçant le département parmi les plus touchés de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Ce qui retient davantage l’attention, c’est la dynamique de fin d’année : les dépôts ont sensiblement accéléré au second semestre 2025, rapprochant la Loire de la tendance régionale et nationale, où la hausse atteint 9,8 %. Après une décrue continue depuis le pic de 2015, le retournement amorcé à l’été 2023 — au moment où les effets de l’inflation ont commencé à peser sur les budgets des ménages — se confirme donc, et s’installe dans la durée.
58 millions d’euros de dettes, un endettement contenu
L’endettement total des ménages Ligérien en situation de surendettement s’établit à 58 millions d’euros. Ramené à l’individu, le montant médian hors immobilier atteint 16 622 euros dans le département, sensiblement inférieur à la moyenne régionale (plus de 19 000 euros) et nationale (près de 18 000 euros). Sur cette masse de dettes, 14 millions ont été purement effacés. Le reste, soit les quatre cinquièmes, est placé en moratoire ou en plan de remboursement échelonné, dans l’attente d’une amélioration de la situation, souvent liée à un retour à l’emploi.
La procédure suit un cadre précis : après analyse des revenus, des charges et des capacités de remboursement, la commission statue. Un plan de remboursement sur sept ans, vingt-cinq pour les dettes immobilières, peut être proposé, ou à défaut, la dette est gelée jusqu’à deux ans, voire effacée si la situation l’exige.
Le travailleur pauvre, nouveau visage du surendettement
L’image du ménage surendetté collée à l’allocataire du RSA ne résiste plus aux chiffres : moins de 20 % des dossiers concernent des bénéficiaires de minima sociaux. La réalité est plus complexe, et plus préoccupante. Le profil dominant qui émerge est celui du travailleur aux revenus modestes, autour du Smic, qui dispose d’une capacité d’emprunt suffisante pour contracter des crédits, mais dont l’équilibre budgétaire bascule au moindre accident de la vie : perte d’emploi, séparation, problème de santé. C’est davantage un déficit de ressources qu’un excès de dépenses qui conduit ces ménages à franchir la porte de la commission.
Plus des deux tiers des déposants de 2025 n’avaient jamais eu recours à cette procédure auparavant. La majorité sont des actifs, célibataires à 60 %, et relativement jeunes, un signal qui illustre la fragilisation des classes laborieuses à revenus intermédiaires.
Éducation financière, l’autre chantier
Face à cette montée des dossiers, la Banque de France Loire ne se contente pas de traiter les situations de crise. Elle plaide pour une intervention plus en amont, notamment dans les établissements scolaires, afin que la gestion budgétaire devienne un réflexe dès le collège. La Semaine de l’éducation financière, qui s’ouvre le 17 mars à l’échelle nationale, sera déclinée localement à Saint-Étienne, Roanne, Montbrison et Saint-Chamond.


