Il se montre sérieux, fournit sa carte d’identité et remet un chèque de banque, le document censé offrir toutes les garanties d’une transaction sécurisée. La vente se conclut, souvent un vendredi soir ou un samedi, hors des horaires d’ouverture des agences. Le temps que le vendeur tente de l’encaisser, la voiture a disparu. Et le chèque s’avère être un faux.
La Caisse d’Épargne de Saint-Étienne dans la tourmente
C’est en 2013 que l’affaire éclate au grand jour dans la Loire. La Caisse d’Épargne de Saint-Étienne tire la sonnette d’alarme : des chèques de banque falsifiés à son nom circulent dans de nombreux départements français. Le préjudice total, correspondant aux montants émis et rejetés, est évalué à 450 000 euros. Si l’établissement bancaire n’a pas subi de pertes financières directes, les chèques n’ayant jamais été honorés, c’est son image qui en a pris un sérieux coup, alors même qu’elle n’était en rien à l’origine de ces documents.
Une trentaine de victimes à travers la France
Le réseau des victimes s’étend bien au-delà des frontières ligériennes. Quinze particuliers ont été dépossédés de leur véhicule dans des départements aussi éloignés que le Bas-Rhin, les Alpes-Maritimes, la Savoie ou l’Ariège. À ces particuliers s’ajoutent des grandes enseignes de distribution, escroquées lors d’achats de matériel informatique ou de courses alimentaires. La facture est lourde, humainement et financièrement.
Neuf prévenus, mais les cerveaux introuvables
Neuf personnes, âgées de 20 à 40 ans au moment des faits et issues de toute la région Rhône-Alpes, ont comparu devant le tribunal correctionnel de Saint-Étienne. Sans lien apparent entre eux, ils ont accepté de jouer les hommes de paille pour quelques dizaines ou centaines d’euros. Deux seulement se sont présentés à l’audience : l’un contestant formellement sa participation, l’autre reconnaissant les faits tout en minimisant son rôle, il affirme avoir simplement prêté sa carte d’identité, sans mesurer la portée de l’arnaque, alors qu’il vivait dans la rue à 20 ans.
La réalité du dossier est cruelle : malgré l’ouverture d’une information judiciaire et treize années de procédure, les véritables concepteurs de l’escroquerie n’ont jamais été identifiés ni arrêtés. Les prévenus jugés n’en étaient que les exécutants de surface, relaxés d’ailleurs pour le chef de contrefaçon.
Un travail de professionnel
La sophistication de la fraude a frappé jusqu’aux professionnels du secteur bancaire. L’une des victimes, elle-même conseillère de clientèle dans une banque, a témoigné à l’audience de sa stupéfaction face à la qualité des faux : courriers gaufrés, chèques détachables, montants saisis électroniquement. Interrogée par le président du tribunal sur le caractère professionnel de la fabrication, sa réponse a été sans appel.
Des peines fermes pour les lampistes
Le tribunal a prononcé d’importantes peines de prison ferme assorties de mandats d’arrêt à l’encontre de cinq prévenus absents, allant de douze à dix-huit mois d’emprisonnement. Les autres condamnations oscillent entre six mois ferme et des jours-amendes. Tous ont été reconnus coupables d’escroquerie et d’usage de chèque falsifié. Le chèque de banque, censé inspirer une confiance absolue, avait été transformé en arme redoutable. La filière, elle, court toujours.


