Depuis sa fondation en 1974, le Parc naturel régional du Pilat a toujours été présidé par un élu ligérien. André Chazalon, Françoise Grossetête, Michèle Perez, Emmanuel Mandon, Charles Zilliox : cinq présidents, tous issus de la Loire, tous également élus à la Région. Cette longue tradition prend fin mercredi 24 juin. Quel que soit le résultat du vote qui se tiendra à 18h30 salle des fêtes de Roisey, près de Pélussin, le sixième président ou la sixième présidente du Parc viendra pour la première fois d’au-delà des frontières du département fondateur.
Deux candidats, deux profils
Le duel oppose Luc Thomas, maire délégué de Saint-Romain-en-Gal, côté Rhône, et actuel vice-président du Parc en charge des finances, de l’énergie, du climat et de la mobilité, à Virginie Bonnet-Ferrand, élue régionale ardéchoise siégeant dans la majorité de Fabrice Pannekoucke au Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes. Tous deux se présentent au titre de leur mandat au sein du Syndicat mixte du Parc, dont la gouvernance se renouvelle à la suite des élections municipales de mars dernier.
La candidature de Virginie Bonnet-Ferrand présente un avantage stratégique évident : son ancrage au sein de la majorité régionale, à l’heure où la Région assure environ 60 % du budget de fonctionnement du Parc. Une présidente siégeant simultanément dans l’exécutif régional pourrait faciliter les négociations financières à venir. Son parcours au sein du Parc est cependant tumultueux : elle avait brusquement démissionné de sa vice-présidence en charge de l’économie de proximité à l’automne 2023, tout en restant au bureau. Plus paradoxal encore, sa propre commune de Vocance, en Ardèche, a refusé l’adhésion proposée dans le cadre du projet d’extension, une décision présentée comme une mise en suspens dans l’attente d’un audit financier régional, avec possibilité d’adhérer jusqu’en mars 2027.
Un Parc en pleine révision de sa charte
Cette élection intervient dans un contexte de transformation profonde pour le Pilat. La révision de sa charte, accompagnée d’un projet d’extension vers 24 communes de Haute-Loire et d’Ardèche, a été arrêtée fin mars. Seules huit communes ardéchoises ont pour l’instant dit oui. La suite du processus appartient désormais à la Région, dont le feu vert ou rouge sera soumis à la prochaine plénière avant transmission à l’État, lequel dispose ensuite de cinq à six mois pour prendre le décret officialisant l’évolution. La gouvernance du Parc surveille également avec inquiétude l’état des finances départementales ligériennes, redoutant une baisse de la dotation du Département de la Loire.
Ce glissement de la présidence vers le Rhône ou l’Ardèche dit quelque chose de l’évolution du Pilat lui-même. Historiquement ligérien dans ses origines et ses enjeux, le Parc est aussi, et de plus en plus, le jardin des Viennois, des Lyonnais et des Ardéchois. C’est dans le Pilat rhodanien, tourné vers la vallée du Rhône bien plus que vers Saint-Étienne, que réside aujourd’hui la dynamique démographique du massif. Un rééquilibrage géographique que cette élection du 24 juin va officiellement consacrer.


