Laëtitia Valentin, adjointe à la culture, présente cette décision comme un acte politique fort destiné à garantir un accès égal de tous à la culture. La municipalité anticipe, du fait de cette mesure, une hausse de fréquentation des médiathèques comprise entre 20 et 30 %. Isabelle Dumestre, adjointe aux ressources humaines, assure que cette évolution ne devrait pas peser sur le travail des agents, ces derniers y voyant au contraire un allègement de leurs tâches administratives quotidiennes.
Une gratuité élargie à tous, sans condition de résidence
Jusqu’à présent réservée aux moins de 25 ans, aux étudiants et aux personnes non imposables, la gratuité s’appliquera désormais à l’ensemble des usagers, quel que soit leur âge, leur statut ou leur lieu de résidence. L’élu RN-UDR Alexandre Vidal a critiqué ce choix, estimant que la mesure revenait à offrir la gratuité à des personnes ne payant pas d’impôts à Saint-Étienne. Les pénalités financières en cas de retard sont par ailleurs supprimées. Seul un mécanisme de blocage temporaire des emprunts est maintenu lorsque des documents ne sont pas restitués dans les délais impartis.
Un débat tendu autour du dépôt de caution
Face à des élus RN réclamant l’instauration d’un dépôt de caution, Isabelle Dumestre a répondu que le fait que certains usagers conservent des livres chez eux ne lui semblait pas problématique, dans la mesure où cela pouvait permettre à la culture d’entrer dans des foyers qui n’y ont habituellement pas accès. Cette position a suscité une vive réaction de Quentin Bataillon, élu du groupe d’opposition Engagés pour Saint-Étienne, qui a jugé qu’un tel discours envoyait un signal public d’impunité qu’il a estimé indigne de la fonction d’adjointe.
Le coût de cette gratuité pour la collectivité est estimé entre 30 000 et 40 000 euros par an. Malgré ce montant relativement modeste, la mesure n’a pas recueilli l’unanimité au sein du conseil municipal : le Rassemblement national a voté contre, tandis que le groupe Engagés pour Saint-Étienne s’est abstenu.
Une politique de gratuité déjà bien installée
Cette annonce s’inscrit dans une dynamique déjà amorcée par la nouvelle municipalité, qui avait précédemment instauré la gratuité des transports en commun lors du week-end de la Fête de la musique, puis lors du week-end précédent en raison de la canicule. Régis Juanico a laissé entendre que cette gratuité ponctuelle des transports pourrait être reconduite en cas de nouvel épisode de forte chaleur. La municipalité avait également décrété la gratuité temporaire des piscines et du musée d’Art moderne et contemporain pendant la canicule. Dès la rentrée de septembre, les bus et trams de la Stas, gérés par Saint-Étienne Métropole, deviendront en outre gratuits tous les samedis, conformément à un engagement pris par Régis Juanico durant sa campagne.
Lionel Boucher dénonce un risque pour les finances de la ville
L’élu d’opposition Lionel Boucher, du groupe Engagés pour Saint-Étienne, s’est dit préoccupé par la multiplication de ces mesures dans une ville où le taux de pauvreté atteint 30 %. Il a comparé cette politique à la climatisation, jugeant qu’elle soulageait sur l’instant sans résoudre aucun problème de fond. Il a également averti que la collectivité prenait un risque financier, estimant qu’il faudrait à terme identifier des coupes budgétaires pour compenser ces gratuités, et que ce seraient en définitive les contribuables stéphanois qui en supporteraient le poids, au risque de les voir quitter la ville.
Juanico défend une démarche vertueuse
Régis Juanico a tenu à répondre à ces critiques, affirmant que ces mesures répondaient à une attente des Stéphanois et que leur coût financier restait limité. Il a réaffirmé sa conviction que la gratuité constituait, à ses yeux, une notion vertueuse. Le maire a notamment pris l’exemple de la gratuité des transports scolaires pour l’activité cyclisme, que Valérie Atif, adjointe à l’éducation, a annoncé vouloir étendre en 2027 à l’ensemble des activités scolaires. Pour Régis Juanico, cette logique vise avant tout à permettre aux enfants de s’approprier dès le plus jeune âge les lieux sportifs et culturels de la ville, dans l’espoir qu’ils continuent à les fréquenter une fois adultes.
Pour assurer le financement de ces différentes mesures de gratuité, le maire a annoncé vouloir aller chercher de nouvelles sources de financement, notamment au niveau européen, qui n’avaient jusqu’ici jamais été mobilisées par la ville de Saint-Étienne.


