Dans Maigret et le mort amoureux, le commissaire est appelé en urgence au Quai d’Orsay après l’assassinat de Monsieur Berthier-Lagès, ancien ambassadeur respecté. L’enquête prend rapidement une tournure plus intime lorsque Maigret découvre que la victime entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes. Or, étrange coïncidence, le mari de cette dernière vient lui aussi de mourir. Face aux familles, aux non-dits et au mutisme suspect de la domestique du diplomate, Maigret avance pas à pas, dans une affaire où les sentiments anciens semblent aussi dangereux que les armes du crime.
Pascal Bonitzer adapte ici Maigret et les vieillards, roman de Georges Simenon publié en 1960. Le cinéaste ne cherche pas à transformer Maigret en héros moderne surexcité. Au contraire, il conserve la lenteur, la précision et la mélancolie du personnage. Le film dure 1h20, un format ramassé qui correspond bien à l’univers de Simenon : peu d’effets spectaculaires, mais une atmosphère, des dialogues, une enquête qui avance comme une mécanique discrète.
Le choix de Denis Podalydès dans le rôle de Maigret donne au film une couleur particulière. Après Jean Gabin, Bruno Cremer, Jean Richard ou plus récemment Gérard Depardieu, l’acteur de la Comédie-Française propose un commissaire plus intérieur, moins massif, presque décalé. Son Maigret observe plus qu’il ne démontre. Il écoute, il s’installe, il laisse parler les silences. Dans un cinéma policier souvent dominé par le rythme et les rebondissements, cette approche peut surprendre. Mais elle correspond à l’esprit de Simenon, chez qui l’enquête est toujours aussi psychologique que criminelle.

Autour de Denis Podalydès, le film réunit notamment Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob, Micha Lescot, Julia Faure, Olivier Rabourdin, Dominique Reymond, Noël Simsolo, Hugues Quester et André Marcon. Ce casting donne au récit une dimension très théâtrale, dans le bon sens du terme : les personnages semblent porter en eux des années de secrets, de rancœurs et de fidélités mal digérées. Chez Simenon, les crimes ne tombent jamais du ciel. Ils viennent d’un passé enfoui, d’un amour abîmé, d’une solitude trop longue ou d’une vérité que personne ne veut regarder en face.
L’arrivée du film en DVD et Blu-ray devrait intéresser les amateurs de polar classique, mais aussi les collectionneurs de cinéma français. Selon les informations publiées par HD Numérique, l’édition Blu-ray proposera une piste française en DTS-HD 5.1. Des bonus sont également annoncés, dont une rencontre intitulée “Adapter Simenon. Du livre au film”, animée par Pascal Bonitzer et John Simenon, ainsi qu’une interview de Denis Podalydès réalisée pour Le Nouvel Obs.
Cette sortie vidéo intervient dans un contexte où Maigret continue de fasciner le cinéma et la télévision. Le personnage créé par Georges Simenon reste l’un des enquêteurs les plus célèbres de la littérature policière francophone. Sa force tient à sa méthode : Maigret ne se contente pas de résoudre une énigme, il cherche à comprendre les êtres. Il s’intéresse à leur milieu, à leurs habitudes, à leurs blessures. C’est ce qui rend ses enquêtes toujours actuelles, même lorsqu’elles semblent appartenir à un autre temps.

Avec Maigret et le mort amoureux, Pascal Bonitzer propose donc un film qui ne cherche pas à dépoussiérer Simenon à coups de néons et de montage nerveux. Il préfère l’élégance, la retenue et une forme de classicisme assumé. Certains spectateurs pourront trouver l’ensemble trop sage ou trop littéraire. D’autres apprécieront justement cette fidélité à un cinéma d’enquête plus posé, où le mystère se construit dans la parole et l’observation plutôt que dans la poursuite ou le coup de théâtre toutes les trois minutes. Bref, pas besoin d’explosion toutes les cinq minutes pour faire monter la tension, et Maigret l’a compris avant tout le monde.
Au box-office français, le film a réuni plus de 250 000 entrées, selon les données indiquées par AlloCiné. Un score honorable pour une adaptation littéraire policière portée par une mise en scène classique et un public davantage adulte. La sortie en VOD, DVD et Blu-ray devrait lui permettre de toucher un second public : ceux qui n’ont pas eu le temps de le voir en salle, les lecteurs de Simenon, les amateurs de Denis Podalydès et les spectateurs attachés aux polars français.


