Librement inspiré du roman de Léonor de Récondo « Amours », paru en 2015, « La Condition » dresse le portrait d’une époque révolue tout en y injectant les débats contemporains. Sur un scénario qu’il a lui-même écrit, Jérôme Bonnell, déjà remarqué pour « Vous ne désirez que moi », construit une intrigue ancrée au tout début du XXe siècle, mais traversée par des questions résolument actuelles : le consentement, l’émancipation, la condition féminine et le patriarcat.
Une écriture tout en nuances
Le réalisateur évite soigneusement tout excès dramatique pour privilégier une approche nuancée de ses personnages. Avec une rigueur d’écriture et un sens du rythme affirmé, il explore la psychologie complexe de ces femmes, à la fois victimes de leur condition et déterminées à reprendre le contrôle de leur destin.
Le scénario privilégie la subtilité plutôt que la démonstration, s’attachant à des évolutions presque imperceptibles chez ses personnages féminins, unis malgré eux par la présence d’un même homme. Ce dernier apparaît lui aussi traversé par des variations discrètes, oscillant entre passivité et un désintérêt profond pour l’esprit de ces femmes, qu’il semble considérer comme lui appartenant et lui étant inférieures.
Une mise en scène du huis clos et de l’étouffement
La réalisation de Jérôme Bonnell s’appuie sur un dispositif de huis clos destiné à installer chez le spectateur une sensation d’étouffement. Le cinéaste resserre ses plans et assume des choix de lumière marqués, sans jamais tomber dans l’excès, pour donner corps à la complexité des relations entre ses personnages, s’attardant avec justesse sur un visage, une pièce ou un regard. Si le réalisateur a choisi de s’écarter du dénouement du roman original, cette modification s’inscrit en cohérence avec sa volonté première de susciter une réaction chez le spectateur.

La réussite du film tient beaucoup à la qualité de son casting. Galatea Bellugi, aperçue dans « Chien de la casse », et Louise Chevillotte, vue dans « Le Tableau volé », livrent des interprétations différentes mais également convaincantes, faisant preuve d’une grande subtilité dans des rôles complexes.
Face à elles, Swann Arlaud, remarqué dans « L’Étranger », confirme un jeu sobre et discret, capable de faire basculer son personnage de la tendresse à une forme de monstruosité par un simple regard ou une posture.
Une photographie soignée pour une immersion réussie
La mise en scène précise du film se prolonge dans une photographie particulièrement soignée, aux couleurs et contrastes savamment dosés, donnant à l’ensemble une profondeur qui oscille entre douceur et intensité, pour un résultat proche du documentaire. Sur le plan technique, le film n’est disponible que dans une piste Dolby Digital 5.1, correctement équilibrée, sans surexposer les voix des acteurs ni les étouffer. L’ensemble n’en demeure pas moins immersif, porté par un travail marqué sur les silences et les ambiances sonores.
Fiche technique
Réalisateur : Jérôme Bonnell Genre : Drame Pays : France (2025) Date de sortie : mardi 7 avril 2026 Durée : 103 minutes Avec : Swann Arlaud, Galatea Bellugi, Louise Chevillotte, Emmanuelle Devos Producteurs : Michel Saint-Jean et Anne Mathieu Scénariste : Jérôme Bonnell Compositeur : David Sztanke


