Avec ses faux airs de remake animé d’E.T., Arco a séduit à peu près tout le monde, et à juste titre. Pour son premier long-métrage, Hugo Bienvenu a pris de court le monde du cinéma en récoltant une pluie de récompenses et de nominations pour une œuvre à la fois singulière et délicieusement surannée.
L’univers féerique déployé par le réalisateur, ainsi que son trait graphique évoquant à la fois Miyazaki et l’esthétique de la bande dessinée Terre ou Lune de Jade Khoo, ne manque pas de charme. Le soin particulier apporté à la musique et à la bande-son renforce encore la cohérence d’ensemble d’une œuvre somptueuse de bout en bout.
Une fable poétique sur le temps qui passe
L’inventivité visuelle traverse presque chaque plan du film, porté par une poésie colorée constante. Le scénario, débarrassé de toute fioriture narrative, va droit à l’essentiel : l’émotion. À mi-chemin entre fable pour adultes et conte pour enfants, Arco invite à une réflexion sur la crise climatique, la place de l’humain et le passage du temps, tout en glissant une critique discrète de la modernité comme source de solitude.
Le film évoque naturellement Les Maîtres du temps ou Le Roi et l’Oiseau, s’inscrivant dans une tradition d’animation européenne plus proche de la bande dessinée que du cinéma traditionnel, un héritage logique pour Hugo Bienvenu, lui-même issu du monde du neuvième art.
Un parcours personnel qui infuse le film
Fils de diplomate, le réalisateur a grandi entre le Guatemala, le Tchad et le Mexique, une expérience dont on retrouve des traces dans la richesse et l’éclectisme de son univers. Le film, cinq ans en gestation, a notamment bénéficié du soutien de Natalie Portman, et son attention méticuleuse aux détails se ressent jusque dans le choix des voix.
On pourra reprocher au film une certaine naïveté, un humour parfois peu inspiré et une intrigue sans réelle prise de risque destinée à un jeune public, tout comme des antagonistes assez peu développés, presque anecdotiques dans l’économie du récit. Ces réserves n’empêchent toutefois pas Arco de s’imposer comme une jolie découverte et l’affirmation d’un réalisateur au style déjà bien identifiable, loin du pessimisme ambiant de nombreuses productions animées actuelles.

Image : 7,5/10
Naïve, ronde et colorée, l’animation d’Arco déploie une bulle poétique où la nature est omniprésente et la ville rêvée à la manière de Tati. Cette direction artistique singulière, entre naturalisme et stylisation assumée, évoque parfois le peintre Jean-Michel Folon par son rendu doux et fluide. Le HDR Dolby Vision n’est pas l’atout premier de cette édition, mais la qualité du 4K reste indéniable.
La bande originale mêle sonorités cristallines, notamment celles du Cristal Baschet, et chœur de chanteurs ukrainiens, offrant aux différents thèmes musicaux une ampleur orchestrale surprenante, jusqu’à la voix pure de la chanteuse November Ultra en conclusion. Le mixage, tout en nuances, privilégie l’atmosphère, avec un travail soigné sur les effets environnementaux utilisés avec parcimonie.
Bonus
- Making of de la genèse d’Arco avec Ugo Bienvenu, Félix de Givry, Sophie Mas et Natalie Portman (13′)
- Making of de la bande originale avec le compositeur Arnaud Toulon (6′)
- Making of de l’animatique commenté par Ugo Bienvenu et les animateurs (15′)
- L’entretien, court métrage réalisé par Ugo Bienvenu et Félix de Givry (9′)
- Clips de musique réalisés par Ugo Bienvenu : Sphere of Existence d’Antoine Kogu et Fog de Jabberwocky ft. Ana Zimmer (6′)
- 3 cartes postales d’aquarelles dessinées par Ugo Bienvenu
Ces suppléments de qualité réunissent une large part de l’équipe du film, dont Natalie Portman en tant que coproductrice, et retracent la genèse du projet, née pendant le Covid dans l’appartement même d’Hugo Bienvenu avant de s’étendre à une maison entièrement dédiée à la création. Le compositeur Arnaud Toulon y revient également sur l’enregistrement de la musique originale avec des musiciens de l’Opéra de Paris.
Fiche technique
Année : 2026 Réalisateur : Hugo Bienvenu Interprètes : Alma Jodorowsky, Swann Arlaud, Vincent Macaigne, Louis Garrel Éditeur : Diaphana Édition Genre : Animation.


