Début juillet, la Ville mettait en lumière le parrainage de la Fondation du patrimoine, qui accompagne désormais une souscription populaire visant à réunir 200 000 € auprès des particuliers. L’occasion de faire le point sur ce chantier au long cours.
Un projet mûri depuis dix ans
À l’image du bâtiment lui-même, élevé par strates successives au fil des siècles, sa transformation s’inscrit dans le temps long. Dès avril 2023, notre rédaction annonçait la seconde jeunesse promise à ce fleuron du bâti couramiaud, dont les parties les plus prestigieuses remontent au règne de Louis XIV. Les intentions initiales et les premières esquisses, elles, datent d’une dizaine d’années, fruit d’un patient travail des services municipaux. Côté élus, le dossier a longtemps été piloté par Andonella Fléchet, adjointe à la vie associative lors du précédent mandat et aujourd’hui chargée des ressources humaines et des moyens généraux. C’est elle qui, aux côtés de l’ancien maire Hervé Reynaud, en avait détaillé les grandes lignes devant la presse.
L’ambition poursuivie est double. Il s’agit d’abord d’offrir de l’ampleur et un cadre plus performant aux activités associatives comme aux services municipaux en contact quotidien avec les habitants – vie associative, sports, seniors, enfance et jeunesse –, aujourd’hui à l’étroit dans un hôtel de ville sous-dimensionné face à leur fréquentation. L’autre objectif consiste à sublimer l’un des rares monuments d’envergure que compte Saint-Chamond. Un enjeu renforcé par sa situation : l’édifice s’affiche quasiment en entrée de ville, aux premières loges du Quai de la Rive, cet axe est-ouest hérité d’un tronçon de l’A47 qui traversait encore absurdement la cité il y a 35 ans, avant sa reconversion en boulevard urbain.
Une histoire enracinée au bord du Gier depuis 1672
Sous l’Ancien Régime, ces institutions confiées à des congrégations religieuses cumulaient les vocations médico-sociales : soigner les malades, bien sûr, mais aussi recueillir indigents, personnes âgées ou orphelins. Saint-Chamond en a connu plusieurs dès le Moyen Âge. Celui qui subsiste aujourd’hui prend racine en 1672 sur les berges du Gier, la proximité immédiate de l’eau étant indispensable à son fonctionnement, comme le retrace la municipalité sur son site internet. La chapelle sort de terre dès 1674, suivie de plusieurs agrandissements. En 1713, des lettres patentes signées Louis XIV consacrent officiellement l’établissement, encore étendu par la suite. En 1790, jusqu’à 600 malades y sont pris en charge. Un siècle plus tard, il se rapproche peu à peu de nos hôpitaux contemporains.
Le virage intervient en 1940, lorsque le site se mue en maison de retraite publique, fonction qu’il conservera une trentaine d’années. Après l’inscription de ses façades, galeries et toitures aux Monuments historiques, le 13 mai 1975, l’ensemble est restauré puis recyclé au gré des besoins : Bourse du Travail, greffe d’instance, conseil des prud’hommes – disparus localement au fil d’une réforme de la carte judiciaire –, salle de spectacles ou encore associations s’y succèdent. Les directions municipales de l’animation et de la culture (2010), puis de l’animation sportive et associative (2012), y prennent ensuite leurs quartiers. L’occupation demeure pourtant en pointillé, avec à peine 60 % des 2 200 m² utiles réellement exploités, tandis que la salle G.-Philippe perdait sa raison d’être face à la toute neuve R.-Planchon. Restait à trouver au lieu un véritable dessein.
Trois phases pour un chantier hors norme
Le programme s’attaque d’abord à l’enveloppe : réfection des toitures, consolidations structurelles, restauration des éléments patrimoniaux et reprise des enduits, celui de la chapelle étant une copie, déplacée, de l’original. À l’intérieur, la refonte est totale : redistribution des volumes, luminosité repensée, agencements optimisés et même création d’un niveau supplémentaire. Une entreprise colossale – 16 millions d’euros au total sur une bonne décennie – conduite par le cabinet lyonnais Silt, architecte mandataire d’un groupement réunissant DLD, Le Be Associés, Nicolas Ingénieries, Onnix et Global. La première tranche, dédiée à l’aile ouest et initialement programmée au premier trimestre 2024 pour environ 18 mois, sera bouclée d’ici la fin de l’année : 6,7 millions d’euros pour un peu plus de 900 m² traités.
La commune n’a pas assumé seule cette facture : l’État, via la Drac, a apporté 250 000 €, et surtout Saint-Étienne Métropole a injecté 2,2 millions d’euros au titre de son Plan de relance. Avant une troisième phase dédiée à la partie est – 1 100 m² pour environ 6,5 millions d’euros, renvoyée au mandat suivant, soit après 2032 –, se profile le deuxième acte, consacré aux ailes centre et sud (460 m²). Son lancement est espéré début 2027, pour une durée de 12 à 18 mois et un budget avoisinant 3 millions d’euros. Outre de nouveaux subsides métropolitains escomptés, la Ville pourra cette fois s’appuyer sur la Fondation du patrimoine* Rhône-Alpes. Le 1er juillet, une cérémonie organisée au pied du monument réunissait la déléguée territoriale Corinne Comtet et le délégué départemental Jean-Marc Just-Malmont.
Ce rendez-vous marquait le coup d’envoi d’une collecte auprès des particuliers, avec 200 000 € en ligne de mire. L’opération est relayée sur le terrain par les Amis du Vieux Saint-Chamond, premiers contributeurs, dont les locaux installés dans l’Hôtel Dieu sortiront d’ailleurs gagnants du projet. Au-delà du ballon d’oxygène espéré pour les deniers publics, la démarche veut permettre aux habitants de renouer un lien plus personnel avec leur patrimoine, chaque don ouvrant droit à une réduction fiscale de 60 %. Corinne Comtet y voit un moyen tangible, pour les contribuables, de flécher eux-mêmes l’usage de leur argent, elle qui considère le patrimoine non comme un luxe mais comme un point d’ancrage dans une époque en perpétuel mouvement. Le maire Axel Dugua a de son côté revendiqué un choix politique clair sur un dossier qui, de son propre aveu, a divisé, rassemblé et même conduit certains à se renier. L’édile a insisté sur le double enjeu, historique et d’image, attaché à cette entrée de ville, assurant que la municipalité aurait pu laisser les lieux dépérir mais préférait prouver que la ville a, elle aussi, des atouts à faire valoir.
Une facture qui fait toujours débat
Ces allusions renvoient directement à la dernière campagne des Municipales. Jean-Luc Degraix, adjoint à l’urbanisme de la majorité jusqu’à la mi-2024, avait contesté dans nos colonnes le bien-fondé de la dépense, jugée disproportionnée au regard des bénéfices fonctionnels attendus et non prioritaire face à d’autres défis urbains. L’élu s’appuyait notamment sur les 270 bâtiments publics que détient la commune, dont une large part dort inoccupée, pour relativiser le besoin de nouveaux locaux destinés aux services ou aux associations. Les listes d’union de la gauche et d’extrême droite avaient adopté une lecture similaire, y flairant une manœuvre destinée à remplir des murs davantage qu’à répondre à une nécessité. Présente le 1er juillet, Andonella Fléchet maintient au contraire la double utilité de l’opération : sans nier la surabondance du parc immobilier municipal, elle défend le sauvetage et l’optimisation d’un édifice classé, vaste et capable d’améliorer le quotidien, promettant un service public nettement renforcé, de meilleures conditions de travail pour les agents et des économies de fonctionnement, à commencer par la facture énergétique.
*À l’échelle de Rhône-Alpes, la Fondation du patrimoine fédère 1 200 bénévoles et 120 salariés. En trente ans d’activité, elle s’est investie dans 4 084 projets – soit un bien soutenu tous les 4 kilomètres – représentant un milliard d’euros de travaux, dont 127 millions d’euros de dons ayant transité par ses services.


