Le dossier atterrit sur le bureau des gendarmes spécialisés en cybercriminalité de la Loire (N-tech) en mai dernier, à la faveur de l’exploitation des données du site Coco.gg. Rayée de la toile par la justice en juillet 2024, cette plateforme revient régulièrement dans les affaires de pédocriminalité traitées ces dernières années. La présidente de l’audience, Sabine Kadem, retrace la chronologie : le prévenu figure parmi les utilisateurs identifiés, chez qui les enquêteurs repèrent d’abord huit images et deux vidéos à caractère pornographique impliquant des mineurs. Suffisant pour justifier son interpellation, puis la perquisition de son logement de Pouilly-sous-Charlieu. Le bilan des saisies donne le vertige : 11 143 vidéos pédopornographiques, 102 images du même acabit et un historique de navigation recensant 3 573 recherches de contenus mettant en scène des mineurs. Les militaires relèvent également des échanges de fichiers via les messageries Signal et Telegram. Entendu, Maxime Zinc, 30 ans, admet une dépendance à ces contenus tout en jurant ne plus en avoir consulté depuis sa précédente condamnation, une version que le ministère public dément au regard des pièces du dossier. En juillet 2023, l’intéressé avait en effet écopé de deux ans de prison avec sursis probatoire pour détention d’images pédopornographiques, acquisition et consultation habituelle de tels contenus, ainsi que corruption de mineurs. Cette récidive lui vaut un placement en détention provisoire depuis le mois de mai. Quant à l’obligation de soins prononcée à l’époque, le prévenu concède ne s’y être plié que pour obtenir les justificatifs demandés, sans conviction d’en avoir réellement besoin.
Des achats qui alarment le tribunal
Le profil du trentenaire, en état de récidive, préoccupe visiblement les juges. La perquisition a en effet mis au jour un moulage de fessier d’enfant commandé sur internet, ainsi qu’une dizaine de sous-vêtements de petites filles achetés en boutique. La présidente l’interroge alors sur l’étape qui pourrait suivre cette inquiétante progression ; le prévenu répond n’en voir aucune. Sabine Kadem formule pourtant à voix haute la crainte du tribunal, celle d’un passage à l’acte sur un enfant bien réel. Une inquiétude partagée par l’expert psychiatre, cité par le parquet, pour qui l’acquisition de sous-vêtements d’enfants constitue un premier pas vers la concrétisation de fantasmes pédophiles. Interrogé sur son parcours, Maxime Zinc situe le début de sa consommation d’images pédopornographiques autour de ses 19 ans. La magistrate lui rappelle que son premier adversaire n’est autre que lui-même, insistant sur le caractère illégal, et non simplement immoral, de ce qui l’attire. Invité par son avocat, Me Aurélien Dumas-Montadre, à exprimer son ressenti, le prévenu décrit une honte et des regrets systématiques après chaque consultation, sans que cela ne l’empêche jamais de replonger.
Cinq ans de prison et un suivi sociojudiciaire
Dans ses réquisitions, la procureure Sophie Marion dépeint un homme parfaitement conscient de l’interdit mais dépassé par ses pulsions. La représentante du parquet se dit surtout alarmée par sa personnalité et par sa propension constante à minimiser sa responsabilité pénale. Elle réclame, à titre principal, cinq ans d’emprisonnement assortis d’un suivi sociojudiciaire de cinq ans. La défense ne conteste pas la nécessité d’un cadre strict : Me Dumas-Montadre estime qu’un simple sursis probatoire, sans contrainte supplémentaire, serait voué à l’échec, son client devant impérativement se libérer de ses démons. Après délibéré, le tribunal condamne Maxime Zinc à cinq ans de prison, dont deux avec sursis probatoire, avec maintien en détention, ainsi qu’à un suivi sociojudiciaire de cinq ans. Une obligation de soins et une interdiction définitive d’exercer toute activité professionnelle ou bénévole au contact de mineurs complètent la sanction.


