Ils sont sept, âgés de 16 à 25 ans, pour la plupart originaires du secteur Tardy, Tarentaize, Beaubrun, Couriot. Depuis plusieurs semaines, ces jeunes Stéphanois mènent une aventure commune qui leur permet de développer de nouveaux savoir-faire tout en offrant une seconde existence aux objets. Leur ambition : monter une boutique coopérative dédiée à la récupération, à la remise en état et à la revente d’articles d’occasion. L’initiative, portée par le Crefad Loire, bénéficie de l’appui du groupe de travail Emploi Jeunes, qui fédère plusieurs acteurs du quartier. Mercredi 8 juillet, de 15 à 19 heures, le commerce a officiellement démarré son activité dans des locaux fournis par la Ville et Cap Métropole. L’inauguration a réuni les participants, les partenaires, les riverains et des curieux venus d’ailleurs, transformant la découverte des objets restaurés en un authentique temps d’échange. Mathilde Mistral, animatrice du dispositif, souligne que l’enjeu dépasse largement l’ouverture d’un simple point de vente : il s’agit d’amener des jeunes éloignés de l’emploi à coopérer, à travailler collectivement, à décider ensemble et à enrichir leurs compétences.
Lutter contre les inégalités d’un quartier fragile
Maïté Boussiron, formatrice et accompagnatrice de projets jeunes au Crefad, confirme que les participants viennent en grande majorité du quartier. L’animatrice rappelle de son côté les motivations sociales de la démarche : ce secteur demeure le plus pauvre de Saint-Étienne et l’association d’éducation populaire entend combattre les inégalités en élargissant les connaissances des jeunes sur de nombreux sujets pour encourager leur engagement. Nox Balmain, 22 ans, habitante du quartier, voit dans cette boutique une réelle opportunité. Ravie d’avoir œuvré aux côtés du Crefad et de La Bricoleuse, elle explique avoir été séduite par la dimension créative et l’apprentissage du bricolage, tout en percevant une petite indemnité grâce à son contrat d’engagement jeune signé à la Mission locale.
Une expérience formatrice à tous les niveaux
Si les participants touchent une allocation d’environ 560 euros mensuels dans le cadre de ce contrat, c’est avant tout leur énergie et leur investissement qui impressionnent. À 20 ans, Solal Slimani connaît déjà bien le tissu associatif : membre du conseil d’administration de la MJC des Tilleuls, il s’implique activement dans la vie locale. Titulaire d’un baccalauréat professionnel en infographie décroché au lycée Étienne-Mimard, puis passé par des études de webdesign à Télécom Saint-Étienne, il considère cette expérience comme un prolongement de sa formation. Le jeune homme dit y avoir gagné des aptitudes en bricolage et en organisation, une meilleure lecture du monde associatif et une conscience plus fine de la hiérarchie des inégalités sociales. Optimiste, il souhaite désormais s’orienter vers les métiers artistiques ou l’infographie. Les sept jeunes ne se sont d’ailleurs pas limités à garnir les étagères : ils ont pris part à chaque étape, de la préparation du local aux travaux d’aménagement, en passant par la collecte, la réparation et la mise en valeur des articles.
Le choix du prix libre et conscient
C’est grâce à cette mobilisation que le nouvel espace a pu voir le jour, rue Beaubrun. Restait une interrogation : comment tarifer des objets récupérés ou donnés ? Asil, 25 ans, raconte que la réflexion a été menée collectivement, dans une ville plutôt défavorisée où plusieurs ressourceries existent déjà et auxquelles l’équipe refusait de faire concurrence. Le groupe a donc opté pour un prix libre et conscient : chaque acheteur évalue lui-même la valeur de l’objet en fonction de ses propres moyens. Une décision en cohérence avec les fondements du projet, bâti sur la solidarité, la confiance et l’accessibilité.
Rendez-vous en octobre
Installée rue Beaubrun depuis le 8 juillet, la boutique rouvrira en octobre 2026. Au-delà de la vente d’objets de seconde main, elle entend tisser du lien entre les habitants, encourager la mixité sociale et changer le regard porté sur ce quartier stéphanois.


