De Saint-Étienne à Roanne, les structures ligériennes de santé sexuelle sont en première ligne pour accompagner les 15-29 ans du département. Contrairement aux idées reçues, les jeunes n’entrent pas plus tôt dans la sexualité, bien au contraire.
Un premier rapport sexuel de plus en plus tardif
Selon l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF-2023), pilotée par l’Inserm et l’ANRS, les jeunes femmes connaissent leur premier rapport à 18,2 ans en moyenne, contre 17,7 ans pour les hommes. Un recul notable par rapport aux années 1990 et 2000, où cet âge médian était descendu à 17,3 ans pour les deux sexes. Les chercheurs y voient une tendance de fond, également observée dans plusieurs pays d’Europe du Nord. Les adolescents ligériens n’échappent pas à ce mouvement national.
Les collégiens et lycéens de la Loire, comme leurs camarades du reste de la France, sont concernés par un net recul de la précocité sexuelle. L’enquête EnCLASS 2022, menée auprès de plus de 10 000 collégiens et lycéens, révèle que la proportion d’adolescents ayant déjà eu un rapport sexuel a fortement diminué, le chiffre ayant été divisé par deux au collège entre 2010 et 2022. À 15 ans, seuls 14 % des filles et 16 % des garçons déclarent avoir déjà eu un rapport, des proportions inférieures à la moyenne européenne mesurée par l’OMS.
Le préservatif recule, les IST flambent
C’est le paradoxe majeur mis en lumière par les chercheurs. Si la France figure parmi les dix pays où le préservatif est le plus utilisé lors du premier rapport à l’adolescence, avec environ 70 % d’utilisation, son usage diminue au collège et à peine la moitié des jeunes femmes se protègent lors d’un premier rapport avec un nouveau partenaire, dans un contexte où les infections sexuellement transmissibles progressent. Chez les moins de 30 ans, la prévalence des chlamydias atteint 2,2 % chez les femmes et 1,9 % chez les hommes, des niveaux nettement supérieurs au reste de la population.
Dans la région, les moins de 25 ans en première ligne
L’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes confirme cette vulnérabilité des plus jeunes. Selon l’ARS, les adolescents et jeunes adultes de moins de 25 ans sont les plus concernés par les IST, notamment la chlamydia, en raison d’une moindre utilisation du préservatif à l’entrée dans la sexualité. Les infections à gonocoques, elles, progressent de manière constante depuis 2004 dans les deux sexes. Les données régionales de Santé publique France montrent une évolution contrastée : si les nouveaux diagnostics de VIH se stabilisent, plusieurs IST augmentent nettement chez les jeunes. Depuis 2016, environ 11 000 personnes ont par ailleurs initié une PrEP, le traitement préventif contre le VIH, en Auvergne-Rhône-Alpes.
Sur le terrain ligérien, l’association stéphanoise Actis tirait déjà la sonnette d’alarme il y a quelques années sur le relâchement de la prévention chez les jeunes. Fin 2018, lors de sa quinzaine du dépistage, l’association constatait qu’environ 25 personnes étaient dépistées porteuses du VIH chaque année dans la Loire, un chiffre stable selon une infectiologue du CHU de Saint-Étienne, tandis qu’environ 700 patients étaient suivis dans les hôpitaux de Saint-Étienne et de Roanne. Des actions de sensibilisation étaient alors menées jusqu’auprès des jeunes de la mission locale de Saint-Chamond.
Un maillage de dépistage étoffé de Saint-Étienne à Roanne
Le département dispose d’une offre de dépistage gratuite et accessible. Le CeGIDD de Saint-Étienne, centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic du VIH, des hépatites et des IST, est présent sur deux sites du CHU : à l’hôpital Nord de Saint-Priest-en-Jarez et à l’hôpital La Charité, rue Pointe-Cadet. Le centre hospitalier de Roanne dispose également de son propre CeGIDD, accessible sur rendez-vous. Depuis le dispositif Mon test IST, chacun peut en outre se faire dépister sans ordonnance ni rendez-vous en laboratoire pour cinq infections, gratuitement pour les moins de 26 ans.
Le Département de la Loire joue aussi sa partition. Ses centres de santé sexuelle, anciennement centres de planification et d’éducation familiale, proposent des consultations gratuites et anonymes pour les mineurs et les personnes sans couverture sociale, avec des médecins, infirmières, sages-femmes, psychologues et conseillers conjugaux pour répondre aux questions sur la contraception, la grossesse, le VIH, l’IVG ou les violences. Un accueil de proximité précieux pour les adolescents qui n’osent pas franchir la porte d’un médecin de famille.
À l’université Jean-Monnet, la prévention s’invite sur les campus
Les étudiants stéphanois bénéficient d’actions dédiées. L’université Jean-Monnet a organisé en novembre 2024 la troisième édition de ses Journées de la santé sexuelle, déployées sur l’ensemble de ses campus, avec écoute et conseils gratuits, distribution de préservatifs et de protections périodiques, dépistages et animations, en partenariat avec le Planning familial, l’Assurance maladie, le CIDFF, l’Enipse, le CHU et le CeGIDD. Le service de santé universitaire de la rue Tréfilerie accompagne par ailleurs les étudiants sur les questions de santé sexuelle tout au long de l’année.
Plusieurs structures complètent ce dispositif dans la préfecture ligérienne. Actis, installée rue de la Résistance, propose des dépistages rapides du VIH et de l’hépatite C ainsi que du matériel de prévention gratuit, tandis que l’Enipse, rue d’Arcole, assure des permanences de santé sexuelle à destination du public LGBTI+ et que le Nouveau Planning Familial 42, place des Carrières, accueille sans rendez-vous les mercredis et jeudis après-midi.
Sexting et pornographie : le numérique bouleverse les pratiques
La sexualité des jeunes se joue aussi derrière les écrans. Selon l’enquête CSF-2023, 36,6 % des femmes et 39,6 % des hommes de 18-29 ans ont déjà envoyé une image intime, et environ la moitié en a déjà reçu. Une femme sur trois et un homme sur quatre de moins de 30 ans déclarent par ailleurs avoir vécu une expérience préjudiciable en ligne. Côté pornographie, l’Arcom estime que 2,3 millions de mineurs fréquentent chaque mois des sites pour adultes en France : dès 12 ans, plus de la moitié des garçons s’y rendent en moyenne chaque mois, et ils sont près des deux tiers entre 16 et 17 ans. Un phénomène qui n’épargne évidemment pas les collégiens et lycéens ligériens.
Les enquêtes documentent enfin une prise de conscience massive autour du consentement. En 2023, 29,8 % des femmes de 18 à 69 ans déclaraient avoir subi un rapport forcé ou une tentative, contre 15,9 % en 2006, une évolution que les chercheurs attribuent en partie à une plus grande capacité à nommer les violences. L’étude pilote Vavisa, menée auprès de jeunes de 15 à 21 ans, indique qu’un tiers d’entre eux a déjà eu une expérience sexuelle sans en avoir envie, les filles quatre fois plus que les garçons, et que 80 % des victimes connaissaient leur agresseur.
Depuis la rentrée 2025, les établissements du département appliquent le nouveau cadre national. Le programme EVARS, d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité, rend obligatoires trois séances annuelles de la maternelle à la terminale, y compris dans l’enseignement privé sous contrat. Une petite révolution, alors que le Conseil économique, social et environnemental estimait que moins de 15 % des élèves bénéficiaient jusqu’ici de cette éducation pourtant prévue par la loi depuis 2001. Dans les collèges et lycées ligériens, ces séances abordent désormais le consentement, l’égalité filles-garçons et la prévention des violences.
Un enjeu de santé publique pour la jeunesse ligérienne
Entre recul de la précocité et relâchement de la prévention, la sexualité des jeunes de la Loire reflète fidèlement les tendances nationales. Le défi des prochaines années se jouera sur le terrain : faire connaître aux 15-29 ans du département les dispositifs gratuits qui existent à leur porte, du CeGIDD du CHU aux centres de santé sexuelle du Département, pour que cette génération plus libre dans sa parole le soit aussi dans son accès aux soins.


