Gael Perdriau
Quatre années se sont écoulées entre les premières révélations et cette nouvelle décision judiciaire. Le 26 août 2022, l’affaire éclatait au grand jour et provoquait immédiatement une onde de choc à Saint-Étienne. Le 10 septembre 2026, la cour d’appel de Lyon a confirmé la culpabilité de Gaël Perdriau dans le dossier du chantage à la vidéo intime visant son ancien premier adjoint.
L’ancien maire de Saint-Étienne a été reconnu coupable de chantage, détournement de fonds publics et participation à une association de malfaiteurs. La cour lui a infligé cinq années d’emprisonnement, dont une avec sursis. Les quatre années ferme ont été assorties d’un mandat de dépôt entraînant son incarcération à l’issue de l’audience.
Sa défense a annoncé un pourvoi en cassation. L’affaire n’est donc pas totalement achevée sur le plan judiciaire. Politiquement, en revanche, la décision du 10 septembre ressemble bien à la fermeture d’un chapitre qui aura occupé une place considérable dans la vie publique stéphanoise.
Quatre années qui ont profondément divisé Saint-Étienne
Depuis 2022, l’affaire Perdriau n’a jamais été un simple dossier judiciaire. Elle s’est progressivement transformée en crise politique locale majeure.
Au fil des enquêtes, des procédures et des révélations, deux camps se sont durablement opposés. D’un côté, des élus et habitants ont réclamé très tôt le départ du maire et une clarification de la situation. De l’autre, plusieurs soutiens ont continué à défendre l’ancien édile, en invoquant longtemps la présomption d’innocence puis en contestant la lecture judiciaire du dossier.
La condamnation prononcée en première instance, le 1er décembre 2025, avait déjà constitué un basculement. Gaël Perdriau avait alors été condamné à cinq ans de prison, dont quatre ferme, ainsi qu’à une peine d’inéligibilité. Cette décision avait précipité son départ définitif de l’Hôtel de Ville.
Le procès en appel organisé en juin 2026 représentait donc une dernière bataille majeure pour l’ancien maire. La décision rendue trois mois plus tard confirme l’essentiel du jugement prononcé quelques mois auparavant.
La Ville reconnue comme victime du détournement de fonds publics
La portée du jugement concerne également directement la collectivité stéphanoise.
La justice a retenu le détournement de fonds publics au préjudice de la Ville de Saint-Étienne. Le dossier porte notamment sur des subventions municipales utilisées pour financer l’opération à l’origine du chantage.
Cette reconnaissance est particulièrement importante sur le plan institutionnel. Au-delà des responsabilités individuelles, l’affaire a donc également occasionné un préjudice à la collectivité et, indirectement, aux finances publiques locales.
Pendant près de quatre ans, les conséquences du scandale ont largement dépassé les murs du tribunal. Les séances du conseil municipal ont régulièrement été marquées par de fortes tensions tandis que l’image de Saint-Étienne se retrouvait associée, au niveau national, à une affaire politico-judiciaire hors norme.
Entre soulagement et incompréhension après le verdict
La décision de la cour d’appel a logiquement provoqué des réactions très différentes dans l’ancien paysage politique stéphanois.
Pour ceux qui avaient demandé dès les premières révélations une rupture avec le système politique installé à l’Hôtel de Ville, la confirmation de la condamnation représente l’aboutissement d’un combat engagé plusieurs années auparavant.
Chez les derniers soutiens de l’ancien maire, le verdict a au contraire été vécu avec incompréhension. Certains continuent de considérer la peine comme excessive et maintiennent leur confiance dans l’ancien édile, malgré les deux condamnations successives.
Cette fracture raconte aussi les dégâts politiques provoqués par l’affaire. Des élus autrefois réunis au sein d’une même majorité municipale ont progressivement pris leurs distances, tandis que d’autres ont choisi de rester aux côtés de l’ancien maire jusqu’au bout.
Les élections municipales ont déjà tourné la page
Entre-temps, Saint-Étienne a profondément changé de paysage politique.
Les élections municipales de mars 2026 ont installé une nouvelle majorité à l’Hôtel de Ville. Le conseil municipal issu du scrutin s’est installé le 27 mars, marquant une rupture avec les années précédentes.
Cette alternance était intervenue plusieurs mois avant la décision de la cour d’appel. La ville avait donc commencé son « après-Perdriau » avant même que le second procès ne trouve son dénouement.
L’enjeu pour la nouvelle équipe municipale consiste désormais à replacer d’autres sujets au centre du débat public : finances de la collectivité, développement économique, commerce, sécurité, urbanisme, transition écologique ou encore attractivité de Saint-Étienne.
Pendant quatre ans, l’affaire de la sextape aura parasité une partie considérable de la vie politique locale. Sa place dans l’histoire récente de la ville restera nécessairement importante.
Une affaire révélée à l’été 2022
Le scandale avait éclaté à la fin du mois d’août 2022 avec la révélation d’une opération remontant à plusieurs années.
Un ancien responsable municipal avait été filmé à son insu lors d’une rencontre intime organisée à Paris. Ces images avaient ensuite été utilisées comme moyen de pression politique.
L’enquête judiciaire ouverte dans la foulée avait progressivement permis de reconstituer le fonctionnement de l’opération, ses financements et le rôle joué par plusieurs membres de l’entourage municipal.
L’affaire avait rapidement pris une dimension nationale, plaçant la mairie de Saint-Étienne sous une pression médiatique et judiciaire considérable.
Quatre ans plus tard, la décision rendue par la cour d’appel de Lyon constitue donc une étape décisive.
Le pourvoi en cassation annoncé empêche encore de parler de conclusion judiciaire définitive. Mais pour Saint-Étienne, le temps politique a déjà changé. La ville dispose depuis mars d’une nouvelle majorité et d’un nouvel exécutif municipal.
Après plusieurs années dominées par les révélations, les procédures, les procès et les divisions, une question s’impose désormais : celle de la capacité de Saint-Étienne à sortir durablement de l’ombre de l’affaire Perdriau et à replacer son avenir au cœur du débat public.

