Trois ans après sa première édition, l’opération « Mission Lycée » revient dans le débat public. Cette consultation, portée par plusieurs groupes d’opposition de gauche au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, vise à recueillir les témoignages des élèves et des personnels sur leurs conditions de travail au quotidien. Sa relance avait été annoncée dans la Loire dès le 10 septembre 2026, avant le déclenchement des récentes manifestations lycéennes. À Saint-Étienne, les jeunes mobilisés ont également lancé leur propre consultation. Début octobre, leur initiative avait déjà recueilli environ 1 400 réponses en moins de 48 heures, témoignant d’une volonté de faire entendre leurs difficultés. Les deux démarches poursuivent un objectif similaire : dresser un état des lieux des établissements scolaires et identifier les améliorations attendues.
Près de 4 000 lycéens avaient participé en 2023
Lors de sa première édition, organisée entre mars et juin 2023, Mission Lycée avait enregistré 5 716 participations, complètes ou partielles, dont 3 990 provenant de lycéens. Les contributions avaient été recueillies notamment grâce à des opérations de sensibilisation devant 95 établissements de la région. Le questionnaire portait sur l’état des bâtiments, les équipements, le chauffage, les sanitaires ou encore les espaces de restauration. Les résultats avaient mis en évidence plusieurs problèmes récurrents.
Selon cette consultation, 51,2 % des répondants à la question concernée signalaient des difficultés concernant les toilettes, tandis que 47,9 % évoquaient les salles de classe et 37,6 % les couloirs. Les problèmes de température figuraient également parmi les principales préoccupations : 51,4 % des répondants déclaraient avoir subi des températures excessives et 45,1 % des conditions trop froides. Ces chiffres reflètent toutefois les réponses des participants volontaires et ne constituent pas un sondage représentatif de l’ensemble des lycéens.
Dans la Loire, plusieurs établissements avaient été pointés du doigt
L’enquête avait également permis d’attribuer une note aux établissements participants. À l’échelle régionale, les lycées publics obtenaient une moyenne de 5,67 sur 10. La Loire affichait un résultat légèrement supérieur, avec une moyenne de 6,21 sur 10. Cette situation masquait néanmoins d’importantes différences entre établissements. Deux établissements ligériens avaient notamment fait l’objet d’une analyse approfondie. Lycée Albert-Thomas à Roanne
4,74/10
Cité scolaire Jean-Monnet / Benoît-Fourneyron à Saint-Étienne
5,18/10
Notes issues de la consultation Mission Lycée de 2023, sur 10.
Dans la cité scolaire stéphanoise, les auteurs de l’enquête relevaient notamment le vieillissement des bâtiments, l’état de certains sanitaires et des problèmes d’isolation. Le site Jean-Monnet, dont les bâtiments remontent à la fin des années 1950, était particulièrement concerné. D’autres établissements de la Loire avaient également participé à la consultation, notamment à Firminy, Saint-Chamond, Rive-de-Gier, Feurs ou encore Chazelles-sur-Lyon.
À Saint-Étienne, une rénovation de 50 millions d’euros au cœur des interrogations
Le devenir de la cité scolaire Jean-Monnet / Benoît-Fourneyron illustre les divergences entre la majorité régionale et ses opposants. Une importante restructuration du lycée Jean-Monnet avait été envisagée, avec une enveloppe annoncée de 50 millions d’euros dans la programmation présentée fin 2022. D’autres opérations avaient été engagées ou programmées sur les deux sites, notamment des interventions sur les structures, les installations techniques et les équipements.
Mais pour Catherine Bony, élue régionale écologiste de la Loire, les réalisations restent insuffisantes au regard des besoins identifiés. Elle considère que les travaux menés jusqu’à présent ne permettent pas de répondre à l’ensemble des problèmes structurels des établissements concernés. À Roanne, la présence persistante de bâtiments modulaires au lycée Albert-Thomas alimente également les critiques. L’opposition réclame une accélération des rénovations et une programmation financière davantage adaptée à l’état réel des établissements.
La Région défend plusieurs milliards d’euros d’investissements
Face à ces accusations, l’exécutif régional défend son bilan. La majorité rappelle notamment la mise en place de deux plans d’investissement successifs en faveur des lycées, engagés depuis 2016 sous l’impulsion de Laurent Wauquiez. Le premier représentait une enveloppe annoncée de 1,5 milliard d’euros pour la période 2016-2021. Le second porte sur 3,5 milliards d’euros pour le mandat suivant. Selon Catherine Staron, vice-présidente de la Région chargée des lycées, près de 4,5 milliards d’euros ont été mobilisés en dix ans pour moderniser, construire, rénover et sécuriser les établissements. La collectivité indique également consacrer 300 millions d’euros aux lycées en 2026.
Pour défendre son action, elle s’appuie sur des audits techniques lancés depuis 2016. D’après l’exécutif, ces évaluations démontrent une amélioration significative de l’état du patrimoine scolaire régional. La majorité considère notamment avoir résorbé les situations les plus préoccupantes héritées des mandatures précédentes. Elle conteste également la portée de la consultation de 2023, estimant que son nombre de participants et sa méthode de recrutement ne permettent pas d’en tirer des conclusions représentatives.
L’opposition réclame un milliard d’euros supplémentaire
Les élus d’opposition proposent une tout autre lecture du bilan financier régional. Ils reprochent à la majorité de présenter des montants importants en regroupant des investissements de nature différente, dont certaines opérations étaient déjà prévues auparavant. Dans leur rapport de 2023, ils estimaient que 87 % des 199 opérations inscrites dans une nouvelle programmation correspondaient à des projets déjà annoncés mais non réalisés dans le cadre du programme précédent. Les opposants demandent ainsi un milliard d’euros supplémentaire pour les investissements dans les lycées, afin notamment d’accélérer les travaux de rénovation énergétique et de modernisation. Ils souhaitent également revoir les moyens consacrés au fonctionnement quotidien des établissements, en particulier pour le chauffage, les équipements pédagogiques et les charges courantes.
La nouvelle mobilisation lycéenne intervient dans un contexte où les responsabilités sont partagées entre plusieurs acteurs publics. La Région assure notamment la gestion des bâtiments, des équipements et d’une partie des personnels des lycées. Les questions pédagogiques et l’affectation des enseignants relèvent principalement de l’Éducation nationale. Cette distinction est essentielle pour comprendre les différentes revendications exprimées par les élèves. La nouvelle édition de Mission Lycée doit permettre aux groupes d’opposition de comparer les témoignages recueillis en 2023 avec la situation observée en 2026.
Un nouveau rapport est envisagé pour la fin du mois d’octobre. Dans la Loire, les établissements de Saint-Étienne et de Roanne pourraient ainsi retrouver une place importante dans le débat régional. Au-delà de l’affrontement politique sur les milliards annoncés, une question demeure : les investissements réalisés ont-ils réellement amélioré les conditions d’apprentissage des lycéens ? Les nouvelles contributions devraient apporter des éléments supplémentaires, sans se substituer à un diagnostic technique indépendant de chaque établissement.

