Ce 10 juin 2024, les conditions météorologiques sont idéales. La chaussée est sèche, la visibilité parfaite, le trafic s’écoule normalement sur cette ligne droite de la RN7. Pourtant, l’Audi A3 conduite par Loïc Devarenne quitte soudainement sa voie et vient heurter un camion circulant en sens inverse. La violence du choc fige la direction du poids lourd, qui percute de plein fouet la Volkswagen Polo d’une quinquagénaire arrivant en face. La conductrice décède sur place.
L’enquête en accidentologie écarte toute hypothèse de vitesse excessive, les limitations étant respectées par l’ensemble des usagers. En revanche, les analyses toxicologiques révèlent des taux de cannabis et de cocaïne nettement supérieurs aux seuils habituels chez le conducteur de l’Audi. Plusieurs témoins l’ont en outre vu jeter au sol un tube contenant de la poudre blanche dans les minutes suivant l’accident. La fouille de son véhicule a permis de saisir de l’héroïne, de l’ecstasy, du cannabis et 150 euros en liquide. D’autres substances ont été retrouvées au domicile de son ex-compagne. Le véhicule n’était par ailleurs pas assuré.
À la barre, un prévenu qui minimise
Placé en détention provisoire pendant plus de huit mois, Loïc Devarenne comparaissait mardi devant le tribunal correctionnel de Roanne. L’homme de 37 ans a livré une version des faits à rebours de l’accusation, évoquant une possible défaillance mécanique ou la présence d’un obstacle sur la chaussée pour expliquer le déport soudain de son véhicule, hypothèses que l’enquête n’a pas confirmées. Il a minimisé l’influence des stupéfiants, affirmant avoir consommé du cannabis la veille et de la cocaïne un à deux jours plus tôt, tout en reconnaissant une consommation quotidienne de cannabis depuis plus de vingt ans. Le président Antoine Chabert a rappelé que si la défaillance mécanique demeure hypothétique, la présence massive de stupéfiants dans le sang du conducteur, elle, est établie et ne peut être étrangère à l’accident.
La douleur d’une famille dévastée
Dans la salle, trois jeunes adultes devenus orphelins ont fait face au prévenu. L’aînée, Manon, 23 ans, a pris la parole au nom de ses frère et sœur âgés de 17 et 13 ans pour dénoncer la dangerosité de l’homme et exiger qu’il ne puisse plus menacer d’autres familles. L’avocat de la famille, Me Jean-Christophe Coubris, a dressé le portrait d’une mère de famille vaillante et heureuse, fauchée par les addictions d’un homme qu’il a accusé d’égoïsme et de lâcheté. Le chauffeur routier, innocent dans cette affaire, porte lui aussi les séquelles du drame : son avocate, Me Maud Leduc-Belval, a évoqué un traumatisme profond et une incapacité persistante à reprendre normalement son activité professionnelle.
Une peine ferme et un mandat de dépôt différé
Le procureur avait requis cinq ans de prison, dont un avec sursis, assortis d’un mandat de dépôt immédiat, déplorant ce qu’il a qualifié de déni persistant de la part d’un prévenu qui compte déjà cinq condamnations prononcées entre 2008 et 2012. La défense avait contesté tant la qualification retenue que la sévérité des réquisitions, mettant en avant la prise de conscience du prévenu et son sevrage depuis la détention provisoire.
Le tribunal n’a pas suivi cette lecture. Loïc Devarenne a été condamné à cinq ans d’emprisonnement, dont deux assortis d’un sursis probatoire de trois ans avec obligation de soins. Un mandat de dépôt différé a été prononcé : il retournera prochainement derrière les barreaux. Son permis de conduire est annulé, et il lui sera interdit de se présenter à l’examen avant cinq ans. L’évaluation des préjudices des parties civiles fera l’objet d’une audience distincte, fixée au 2 novembre prochain.

