Alors que la mobilisation nationale des artisans du bâtiment se poursuit, la Confédération de l’Artisanerie et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPEB) de la Loire a fait le choix d’une stratégie d’apaisement, du moins dans un premier temps. Ce mercredi 17 décembre, l’organisation syndicale, qui fédère 62 000 adhérents à l’échelle nationale, a tenu une conférence de presse pour exposer les difficultés croissantes auxquelles font face les entreprises artisanales du département.
Une rencontre avec la sous-préfète
La matinée a été marquée par une entrevue avec la sous-préfète, venue écouter les doléances des professionnels du secteur. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de privilégier le dialogue institutionnel avant d’envisager des actions plus radicales.
« Nous avons choisi le dialogue, mais si nos revendications ne sont pas entendues, nous rassemblerons début janvier tous les acteurs de la filière pour décider d’actions plus fortes », prévient Adrien Desailly, président de la CAPEB Loire. Un ultimatum qui témoigne de l’impatience grandissante des artisans face à ce qu’ils considèrent comme une accumulation de contraintes inadaptées à leurs réalités économiques.
Trois points de crispation majeurs
Un sondage mené auprès de 5 000 entreprises locales a permis d’identifier les principales sources d’exaspération du secteur. Trois dossiers cristallisent particulièrement les tensions :
MaPrimeRénov’, jugée instable et complexe. Le dispositif d’aide à la rénovation énergétique est pointé du doigt pour ses changements réguliers de règles et sa lourdeur administrative, qui compliquent la gestion des chantiers et la relation avec les clients.
La responsabilité élargie du producteur (REP) sur les déchets, considérée comme mal organisée et disproportionnée pour les petites structures. Les artisans dénoncent une gestion inadaptée qui fait peser sur eux des obligations difficiles à honorer sans moyens suffisants.
Le statut de la micro-entreprise, dont le fonctionnement actuel s’éloigne de sa vocation initiale. « La micro-entreprise devait être un tremplin pour devenir entrepreneur, aujourd’hui elle devient synonyme de contraintes et de charges supplémentaires », déplore Adrien Desailly. La CAPEB réclame une limitation de ce statut à deux ans maximum et un plafonnement du chiffre d’affaires à 25 000 euros, afin d’éviter une concurrence jugée déloyale avec les entreprises classiques qui supportent l’intégralité des charges sociales et fiscales.
Un secteur à bout de souffle
Le président de la CAPEB Loire ne mâche pas ses mots : les artisans du bâtiment sont épuisés. Après des années de réformes successives et de multiplication des normes, le secteur réclame une pause et une réorganisation en profondeur des dispositifs qui l’encadrent.
L’organisation syndicale attend désormais les décisions de fin d’année concernant le Projet de Loi de Finances (PLF) 2026 ainsi que le retour du ministre sur la question de la REP. Ces échéances détermineront la suite à donner au mouvement.
Si les revendications restent lettre morte, la CAPEB Loire a d’ores et déjà prévu de réunir l’ensemble des acteurs de la filière début janvier pour définir des actions plus musclées. Un rendez-vous qui pourrait marquer un tournant dans la mobilisation des artisans ligériens, jusqu’ici restés en retrait par rapport à d’autres départements où des manifestations ont déjà eu lieu.
Pour Adrien Desailly, l’enjeu est vital : sans une adaptation rapide des politiques publiques aux réalités des petites entreprises, c’est la survie même de l’artisanat du bâtiment qui est menacée.

