Cette recherche menée du 7 mars au 21 avril 2022 a surpris jusqu’au chef de service François Ballereau. Il explique au journal Le Progrès : « Je ne pensais pas que ce serait caractérisé à ce point-là. » Pendant 46 jours consécutifs, 27 professionnels volontaires ont accepté d’être suivis en temps réel grâce à un système de badges capteurs, « gros comme un téléphone portable », glissés dans leurs blouses. Des antennes sans fil installées au plafond détectaient leurs mouvements dans les 1 000 m² du service, permettant un tracking précis de chaque déplacement et activité.
Le poids écrasant de l’administratif
Le reste du temps médical est monopolisé par les tâches administratives : rédaction d’observations, prescriptions, demandes d’examens, contacts avec les spécialistes. « Ces tâches font partie des soins, mais c’est un temps lourd et long », explique François Ballereau au Progrès. Les infirmiers s’en sortent mieux avec 50% de temps consacré aux soins directs.
L’étude révèle un cercle vicieux préoccupant : plus la charge d’activité augmente, plus le temps passé auprès des patients diminue pour les médecins, tandis qu’il reste stable pour les infirmiers. Cette découverte éclaire les difficultés croissantes du service qui comptabilise entre 40 000 et 45 000 passages annuels.
Fort de ces données, l’hôpital a réorganisé ses services : équipement général en dictées numériques, intégration de deux infirmiers de pratique avancée en médecine d’urgence, et réflexion sur l’harmonisation des temps soignants. « Peut-être qu’ils ne sont pas bien harmonisés sur une journée soignante », suggère le directeur Christophe Martinat au Progrès.
L’intelligence artificielle comme solution d’avenir
L’établissement poursuit l’innovation en collaboration avec les Mines de Saint-Étienne, Albi et Mines Paris PSL. Un thésard travaille sur l’extension de l’étude aux patients avec création d’un « jumeau numérique ». L’IA sera intégrée pour l’élaboration des plannings et la gestion des stocks. « La porte de l’intelligence artificielle va nous permettre de mieux caractériser le parcours patient », projette François Ballereau. L’objectif : obtenir des réponses en temps réel pour les patients et leurs familles en salle d’attente, grâce à une meilleure visibilité des processus.
Cette étude trouve son origine dans une réflexion managériale entamée en 2020 face au sentiment « d’être à bout en termes de déploiement d’organisation ». Les urgences de Firminy ont ainsi transformé leurs contraintes en opportunité de recherche, créant un modèle d’analyse qui pourrait inspirer d’autres établissements.

