Cette décision unanime met fin aux craintes d’une privatisation et ouvre la voie à une reconstruction ambitieuse. Mardi 8 juillet, le conseil de surveillance du centre hospitalier du Forez a officiellement acté la cession de l’activité de l’Ehpad de Feurs à un futur établissement public autonome. Cette décision met un terme définitif aux spéculations sur une éventuelle reprise par le secteur privé, scénario qui cristallisait les inquiétudes depuis plusieurs mois.
Les syndicats et médecins hospitaliers redoutaient une reproduction du modèle montbrisonnais de 2021, où l’Ehpad avait été cédé au groupe SOS Seniors. Ce précédent avait marqué les esprits et alimenté les résistances à toute forme de privatisation.
Depuis octobre 2024, cinq candidats s’étaient manifestés dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt pour la reprise et la reconstruction de l’établissement. Parmi eux figuraient trois structures associatives privées à but non lucratif, témoignant de l’attractivité du projet.
Seul le dossier porté par un établissement public autonome a franchi toutes les étapes de la procédure. L’Ehpad public autonome de Boën-sur-Lignon a servi d’intermédiaire administratif, le futur établissement de Feurs ne pouvant candidater faute d’existence juridique préalable.
Un consensus remarquable du conseil de surveillance
Le vote s’est déroulé dans une atmosphère consensuelle remarquable. « Il y a eu un véritable consensus du conseil de surveillance », souligne Edmond Mackowiak, directeur du CHF. L’unanimité a prévalu, seul un membre s’étant abstenu pour éviter tout conflit d’intérêts potentiel.
Paul Bouilhol, secrétaire général de Force Ouvrière, exprime sa satisfaction : « Nous avions mandat de nos adhérents pour défendre une solution publique. Tous les feux étaient au vert pour défendre cette proposition. » Cette réaction illustre l’alignement entre les aspirations du personnel et la décision finale.
Six mois pour créer la nouvelle structure
La concrétisation de cette décision nécessite désormais un travail administratif considérable. « Ce n’est que le début. Il faut compter six mois de travail pour créer le nouvel établissement au 1er janvier 2026 », précise Edmond Mackowiak.
La création d’un conseil d’administration spécifique constitue l’une des étapes cruciales. Le maire de Feurs en assumera la présidence de droit, ancrant l’établissement dans la gouvernance territoriale locale.
Le projet devra obtenir l’aval de l’Agence régionale de santé et du Conseil départemental avant sa mise en œuvre effective. Ces validations constituent des étapes incontournables pour garantir la conformité réglementaire et la viabilité du nouvel établissement.
Cette procédure d’autorisation s’inscrit dans le calendrier contraint menant à l’ouverture prévue en janvier 2026, nécessitant une coordination efficace entre tous les acteurs impliqués.
Un enjeu financier majeur de 27 millions d’euros
Au-delà des aspects organisationnels, cette cession représente avant tout une opération immobilière et financière d’envergure. Le nouvel établissement s’engage à construire une structure moderne sur le site hospitalier pour un coût prévisionnel de 27 millions d’euros.
Cette reconstruction s’impose en raison de la vétusté manifeste des locaux actuels, devenus inadaptés aux exigences contemporaines de prise en charge des personnes âgées.
« Le centre hospitalier, avec son important déficit, ne permettait pas d’obtenir un emprunt pour une construction. C’était un boulet pour l’Ehpad », explique Edmond Mackowiak. Cette situation faisait obstacle à tout projet d’investissement d’ampleur.
Réciproquement, l’Ehpad contribuait à hauteur d’un million d’euros annuel au déficit du CHF, créant une spirale financière négative. Cette imbrication comptable rendait difficile l’identification précise des responsabilités entre secteurs hospitalier et médico-social.
Des perspectives d’équilibre enfin envisageables
« Il y aura une réorganisation, on ne sait pas si l’Ehpad sera à l’équilibre dans le futur, mais la situation ne pourra être que meilleure qu’aujourd’hui », analyse Christophe Bazile avec prudence mais optimisme.
Cette autonomisation offre des marges de manœuvre gestionnaires inédites, permettant d’adapter les pratiques aux spécificités du secteur médico-social sans les contraintes hospitalières.
La séparation ne sera pas brutale. Le futur Ehpad autonome continuera de louer les locaux actuels à l’hôpital pendant la période transitoire. Il bénéficiera également des services de restauration et de mises à disposition de personnel, garantissant la continuité de service.
Un horizon 2030 pour le nouveau bâtiment
Le calendrier prévisionnel s’étale sur plusieurs années. Deux années seront consacrées aux études et appels d’offres avant le démarrage effectif du chantier. Les travaux, estimés à deux ans et demi, pourraient s’achever vers 2030.
« C’est un nouvel espoir. », confie Edmond Mackowiak, résumant l’état d’esprit qui prévaut après cette décision. Cette formule traduit le soulagement d’avoir trouvé une solution pérenne aux difficultés structurelles de l’établissement.
Au-delà des aspects techniques et financiers, cette autonomisation publique préserve les valeurs de service public tout en offrant les conditions d’un développement moderne et efficient de l’Ehpad de Feurs.


