Gael Perdriau ©Ville de Saint-Étienne.
Le parquet demande trois ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate à l’encontre de Gaël Perdriau, maire de Saint-Étienne. L’élu de 53 ans, exclu du parti Les Républicains, comparaît pour chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics dans l’affaire dite de la « sextape ». Cette requête sévère témoigne de la gravité des faits reprochés à celui qui s’accroche à son fauteuil de maire depuis que le scandale a éclaté dans Mediapart en 2022.
L’accusation dresse le portrait d’une machination méthodique visant à neutraliser Gilles Artigues, premier adjoint devenu gênant. Trois anciens collaborateurs du maire ont reconnu avoir orchestré un piège : filmer clandestinement ce catholique opposé au mariage homosexuel en compagnie d’un prostitué.
Pierre Gauttieri, directeur de cabinet pendant dix ans, affirme que dès l’élection de 2014, Gaël Perdriau lui avait commandé de trouver « une solution pour tenir en respect » son adjoint dont il doutait de la loyauté. Le stratagème aurait été concocté avec Samy Kefi-Jérôme, adjoint à l’Éducation, et Gilles Rossary-Lenglet, compagnon de ce dernier se présentant comme un « barbouzeur ».
Le circuit financier des subventions détournées
Selon Gauttieri, le maire aurait validé l’opération et pris en charge son financement par un mécanisme sophistiqué. Deux associations stéphanoises auraient reçu chacune 20 000 euros de subventions municipales, avant de reverser ces sommes à Rossary-Lenglet, l’organisateur pratique du guet-apens.
Quatre dirigeants associatifs comparaissent d’ailleurs aux côtés des principaux protagonistes pour « abus de confiance », accusés d’avoir servi de boîtes aux lettres à ce montage frauduleux.
« C’est totalement faux, ça s’est fait sans moi », s’est insurgé Gaël Perdriau mardi soir. L’édile soutient que chacun des comploteurs avait ses motivations personnelles : ambition, vengeance ou rancune, pour organiser ce piège sans son concours. Il jure n’avoir « jamais pratiqué des méthodes hors-la-loi pour faire de la politique ».
Cette ligne de défense vacille face à un enregistrement réalisé en 2017 par Gilles Artigues à l’insu du maire. On y entend Perdriau évoquer une « clé USB » contenant des images compromettantes, menaçant de les diffuser « en petits cercles », « avec parcimonie ».
Entre bluff et intimidation caractérisée
Confronté à cet enregistrement accablant, le maire concède avoir eu connaissance de l’existence de la vidéo, sans l’avoir visionnée ni possédée. Il explique avoir « bluffé » sous le coup de la « colère » suite à un désaccord politique avec son adjoint.
Tout au long des débats, Perdriau a martelé n’avoir jamais brimé Artigues ni exigé de « contreparties », élément juridique nécessaire pour caractériser un chantage.
Gilles Artigues a livré vendredi un témoignage poignant, jurant que le maire avait évoqué la vidéo à plusieurs reprises pour le contraindre au silence sur leurs divergences. « J’étais devenu une marionnette », a-t-il déclaré, regrettant que son « cauchemar » se prolonge jusqu’à l’audience où il a essuyé de nombreuses attaques personnelles.
Son épouse, venue témoigner de la « douleur » familiale, a réclamé que « justice soit rendue ». La souffrance du couple face à ce chantage présumé a visiblement marqué la salle d’audience.
Une démission conditionnelle annoncée
Pour la première fois vendredi, Gaël Perdriau a indiqué qu’il démissionnerait en cas de condamnation, même s’il fait appel. Il espère néanmoins que le tribunal « lave son honneur ».
En cas de relaxe, l’édile n’exclut pas de briguer un nouveau mandat, bien que ses chances de victoire soient compromises par les révélations accablantes de ce procès. Cinq jours d’audiences ont dévoilé les coulisses sordides du pouvoir municipal stéphanois.
La défense dispose jusqu’à mardi soir pour plaider. Le jugement sera probablement mis en délibéré, laissant Saint-Étienne dans l’expectative. Quelle que soit l’issue judiciaire, cette affaire aura durablement terni l’image de la municipalité et révélé des méthodes politiques d’un autre âge.
L’histoire locale retiendra cette séquence où le maire d’une grande ville française a été accusé d’avoir orchestré un guet-apens digne des heures les plus sombres des guerres politiciennes, au mépris de la dignité humaine et de l’argent public.


