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Une image trompeuse de sérénité qui cache une réalité bien plus sombre. Derrière les vitres, c’est la même inquiétude qui circule d’un chauffeur à l’autre. La hausse des prix du carburant, consécutive aux tensions au Moyen-Orient fin février, est venue s’ajouter à une série de coups durs qui fragilise durablement une profession déjà éprouvée.
Des débuts impossibles pour les nouveaux indépendants
Parmi les plus touchés, ceux qui ont récemment franchi le pas de l’indépendance. L’un d’eux a acquis sa licence il y a tout juste un mois pour la somme de 103 000 euros, remboursable sur sept ans. Depuis, pas le moindre bénéfice. Un autre a englouti toutes ses économies dans l’achat d’un véhicule, et se retrouve aujourd’hui face à une injonction contradictoire : rembourser son crédit tout en envisageant de passer à l’électrique. Avec des pleins de gazole à 150 euros tous les deux jours, l’équation est insoluble. Pour tenir, certains allongent leurs journées jusqu’à douze, voire quinze heures de travail, sept jours sur sept.
Des marges qui fondent, des tarifs bloqués
Pour les chauffeurs expérimentés, la situation n’est guère plus réjouissante. Ludovic David, seize ans de métier, voit ses pleins passer de 85 à 120 euros, soit une perte sèche estimée à 300 euros par mois. Romain Blanc, quinze ans de profession, s’inquiète surtout pour ses jeunes collègues qui démarrent avec des charges fixes lourdes. Car le tarif des courses, plafonné chaque année en février par la préfecture, ne peut pas être relevé en cours d’année : impossible de répercuter la hausse sur les clients.
Face à la flambée des prix, le gouvernement a annoncé le 3 avril un dispositif de prêt carburant compris entre 5 000 et 50 000 euros, remboursable sur trois ans à un taux de 3,8 %. Une mesure accueillie avec scepticisme, voire hostilité, par les professionnels rencontrés. S’endetter davantage n’est pas la solution souhaitée : c’est une baisse des taxes sur le carburant que réclament les chauffeurs.
Une profession résignée après des années de turbulences
La crise du carburant n’est que le dernier épisode d’une série noire. Depuis le 1er novembre 2025, une nouvelle convention de l’Assurance maladie a réduit les remboursements de transport de patients par taxi, provoquant une perte de revenus significative pour nombre de professionnels. Avant cela, la pandémie de Covid, l’inflation et la guerre en Ukraine avaient déjà laissé des traces. Aujourd’hui, la résignation domine. Certains chauffeurs confient que la pression financière commence à peser bien au-delà des comptes : c’est le moral, voire l’équilibre psychologique, qui vacille.


