Pour comprendre ce que représente la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez, il faut remonter à la fin du XIIIe siècle. Béatrix de la Tour-du-Pin, en hommage à son époux Guillaume de Roussillon, disparu en 1277 en Terre sainte lors d’un épisode trouble de la présence croisée à Saint-Jean-d’Acre, fait appel à l’ordre des Chartreux pour fonder un monastère sur ses terres, à quelques kilomètres au sud de Rive-de-Gier.
Cinq siècles de vie monastique plus tard, la Révolution chamboule tout. Les biens de l’Église sont confisqués et vendus comme biens nationaux. Là où tant d’édifices similaires ont fini en carrières de pierre, la Chartreuse connaît un destin radicalement différent : en 1794, ses cellules sont vendues aux enchères à des paysans locaux qui les transforment en logements. Spacieuses par nature, les moines chartreux pratiquaient un ascétisme exigeant mais dans de généreux volumes, elles constituent des habitations tout à fait convenables. Aujourd’hui encore, plusieurs dizaines des 480 habitants de la commune, les Cartusiens, y sont domiciliés. Un musée à ciel ouvert habité, cas unique en France.
63 000 visiteurs par an, un potentiel encore sous-exploité
Avec 63 308 visiteurs enregistrés en 2019, la Chartreuse figure dans le top 10 des sites touristiques de la Loire. Une fréquentation remarquable pour un village de cette taille, rendue possible grâce à l’action conjuguée du Parc naturel régional du Pilat, de la commune, de l’Association de sauvegarde et d’animation, et désormais de Saint-Étienne Métropole, à qui revient la compétence tourisme.
Ce que le visiteur découvre est à la hauteur de la réputation : une silhouette monumentale noyée dans la verdure, une porte d’entrée majestueuse, des cours intérieures, des églises, une ancienne cuisine — et au cœur de la visite guidée, l’ermitage, cellule témoin d’un père chartreux acquise par le PNR du Pilat en 1989.
440 000 euros pour redonner vie à l’ermitage
Ce joyau de 90 mètres carrés, décrit comme le point phare de la visite depuis son intégration au parcours guidé en 1992, nécessitait une intervention profonde. Les travaux, engagés en deux phases pour un investissement total de 440 000 euros, ont débuté en 2020 avant d’être interrompus par la pandémie.
La première tranche a porté sur la restauration du clos et du couvert pour préserver la structure. La seconde a concerné les aménagements intérieurs : réfection du sol de la salle d’études, réhabilitation du promenoir avec mise en accessibilité, renforcement des passages structurels et installation d’une trémie en verre — offerte par l’entreprise Targe — permettant d’apercevoir le niveau inférieur. Sols, plafonds, enduits et installations électriques ont également été remis aux normes. Le Parc du Pilat a bénéficié pour ce chantier du soutien de la Région, du Département, de la Direction régionale des affaires culturelles et de la Fondation du Patrimoine via une souscription publique.
Un projet scénographique d’envergure en préparation
L’ermitage rénové n’est qu’une première étape. Saint-Étienne Métropole et l’ensemble des parties prenantes travaillent depuis plusieurs mois sur un projet de valorisation muséographique et scénographique de l’ensemble du site. La scénographie, qui devrait faire appel à des dispositifs vidéo, sonores et lumineux, a été confiée à l’atelier stéphanois Les Charrons. L’architecture du projet est quant à elle assurée par Richard Goulois, du cabinet saint-chamonais Croisée d’Archi, spécialisé dans la rénovation du patrimoine ancien.
Ancienne cuisine, église et ermitage seront tous dotés d’équipements destinés à mieux restituer l’histoire et le quotidien des lieux. Le Parc du Pilat, via son conseil scientifique, alimentera le travail des scénographes en contenu historique et patrimonial. Au total, les investissements publics cumulés devraient atteindre plusieurs millions d’euros. Saint-Étienne Métropole devrait en préciser les contours à l’automne.


