Pendant de longues heures, Gilles Artigues a déroulé devant la présidente Margareth Stragier, les avocats des parties civiles, le parquet et la défense de Perdriau, le même récit qu’en septembre, mais avec davantage d’assurance. La tambouille politique stéphanoise des années 2010 était de nouveau au menu : accords entre MoDem, UDI et la droite locale, rapports de force, investitures négociées, fronde avortée. L’ancien premier adjoint a détaillé les renoncements successifs qu’il attribue à l’exercice du chantage — rétrogradation au troisième rang d’adjoint, exclusion de son parti des candidatures départementales, obligation d’adhérer à la Manufacture des idées, réduction de sa liste aux municipales de 2020. Ce que la présidente semble chercher à établir : le jeune Samy Kéfi-Jérôme avait-il vraiment les épaules pour agir seul, sans commanditaire ? La question sous-jacente pointe toujours vers Gaël Perdriau.
La défense tente de retourner la victime contre elle-même
La stratégie de la défense de l’ancien maire consiste à présenter Gilles Artigues non comme une victime passive mais comme un animal politique calculateur. Elle s’est emparée d’une mention dans un livre du journaliste de Mediapart Antton Rouget, une rencontre avant le premier procès entre Pierre Gauttieri et les enfants d’Artigues à Lyon, pour insinuer des arrangements préalables entre la victime et l’ex-directeur de cabinet. Gilles Artigues a démenti avec force, rappelant qu’il n’avait jamais rencontré Gauttieri avant le procès. Vérification faite auprès de l’auteur : la rencontre évoquée impliquait bien les enfants et l’épouse de la victime, pas Gilles Artigues lui-même.
Rossary-Lenglet : « Gaël Perdriau était dans la commande dès le début »
Rencontré en marge de l’audience, Gilles Rossary-Lenglet maintient une version sans équivoque. Perdriau était impliqué dès la première réunion préparatoire au kompromat, bien avant la réalisation de la vidéo. Avec Pierre Gauttieri, il aurait même insisté pour que les choses aillent vite. Rossary-Lenglet pointe avec une lucidité désabusée la stratégie de chacun : Perdriau resté dans sa posture de maire, Kéfi-Jérôme préparant déjà sa réhabilitation, Gauttieri ayant mis en scène sa repentance. Lui seul, affirme-t-il, dit la vérité totale.
Après la fin de l’audition de Rossary-Lenglet le matin, Gaël Perdriau devait être entendu dans l’après-midi. Ses avocats ont déjà indiqué vouloir requalifier ses propos enregistrés, où il mentionne clairement la vidéo et ses conséquences, en simples menaces plutôt qu’en chantage. Une distinction que la défense des parties civiles juge sans pertinence : reconnaître des menaces faisant référence à une vidéo utilisée pour museler un élu, n’est-ce pas déjà admettre la conscience du chantage exercé dans les murs de la mairie.


