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Dans le quartier Bergson, où il a frôlé les 30 % dans certains bureaux, les habitants livrent un diagnostic sans détour. Le Rassemblement national ne s’était jamais aussi bien porté à Saint-Étienne lors d’un scrutin municipal. Avec 18,97 % des voix, Corentin Jousserand termine deuxième du premier tour, derrière le socialiste Régis Juanico. Le candidat RN a largement effacé le souvenir de 2020, où la candidate Sophie Robert, éliminée dès le premier tour, n’avait récolté que 9,24 % des suffrages. La comparaison avec 2014 est plus nuancée : Gabriel de Peyrecave, sous l’étiquette FN, avait alors obtenu 18,30 % et 8 900 voix — soit 688 de plus que Jousserand dimanche, une participation plus élevée expliquant l’écart. Cette année-là, le FN avait malgré tout envoyé trois élus au conseil municipal. Le scénario pourrait se répéter : même en cas de recul au second tour le 22 mars, la présence RN dans la prochaine assemblée municipale semble difficilement évitable.
Bergson, quartier-symbole
Sur les 101 bureaux de vote stéphanois, Jousserand a dépassé la barre des 20 % dans près de la moitié d’entre eux, terminant premier dans treize. Les deux bureaux du quartier Bergson figurent parmi ses meilleurs résultats : 26,41 % dans le premier, 29,44 % dans le second. Un score qui, à en croire les habitants rencontrés place Arnaud-Beltrame, ne surprend guère.
« Les gens en ont marre »
Le sentiment qui revient le plus souvent dans les conversations est celui de la lassitude. Une commerçante d’origine tunisienne reconnaît que le vote RN ne la surprend pas, même s’il l’inquiète : elle évoque une population vieillissante, des amalgames tenaces, et ses propres difficultés à porter le voile au travail face à certains clients. Une retraitée, cinquante ans de Bergson derrière elle, assume son vote pour Jousserand et dit son intention de le renouveler au second tour. Pour elle, le quartier a profondément changé : agressions, attroupements nocturnes, sentiment d’insécurité persistant le soir.
Un habitant d’origine algérienne, présent depuis 25 ans mais privé du droit de vote, dit comprendre, sans nécessairement approuver, la montée du parti d’extrême droite. Il pointe lui aussi le comportement de certains jeunes, les poubelles incendiées, l’agitation récurrente. Une infirmière de 27 ans, elle, se dit troublée par ces résultats. Elle décrit les conversations qu’elle surprend dans sa résidence, peuplée de personnes âgées, et les raccourcis qui y circulent parfois sur « les racailles », une désignation dont elle perçoit clairement la cible implicite.
La peur comme carburant électoral
Une habitante de 37 ans résume peut-être mieux que quiconque la mécanique à l’œuvre. Sans se sentir personnellement menacée, elle comprend que d’autres personnes âgées, mères de famille, puissent l’être. Les feux d’artifice hebdomadaires, les jeunes qui traînent, l’incertitude du soir : autant de signaux qui poussent certains électeurs à tenter autre chose, à chercher une protection là où ils ne l’ont pas trouvée ailleurs. Cette même habitante confie regarder avec inquiétude vers les présidentielles de 2027, tout en appelant à renouer le fil du vivre-ensemble.


