La Chronique de Martial : l’émergence de la violence au sein de notre société

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Ce soir de pleine lune, nous sommes attablés pour l’apéro. Candice, Éric son mari, David et Audrey ont répondu favorablement à mon invitation. On n’attend plus que Garance, ma copine, qui devrait nous rejoindre. Enfin, si elle ne termine par le travail trop tard.

La parole circule. Tout le monde est heureux de se retrouver jusqu’à que Candice nous prenne de court :

  • Vous avez vu toutes ces violences policières en ce moment ? Ça fait peur. Nous avec Éric on a renoncé à avoir des enfants… Attends, on ne veut pas les élever dans une dictature !

David grince des dents :

  • Non moi je ne suis pas d’accord. Les policiers sont des humains comme nous. Eux aussi on droit à un peu de considération. Ils ont souffert avec les gilets jaunes et maintenant c’est les banlieues…

Candice et David s’adonnent à un ping-pong verbal :

  • Sauf que la police tue aujourd’hui !
  • Mais ça flingue de l’autre côté aussi ! Regarde à Grenoble, regarde à Lille, regarde à Marseille. Tu vas dans les cités, ils sont armés jusqu’aux dents et ils crachent sur le drapeau français.
  • T’es sérieux là ? Si on ne les avait pas parqués justement dans des ghettos, aujourd’hui on n’en serait pas là. Tu fais de l’amalgame là. Il y a des gens très bien dans le lot, c’est juste que toi le petit français de souche tu es aveuglé par BFM et compagnie. C’est tout.
  • Attends, quand Éric Zemmour dit qu’en prison il n’y a que des noirs et des arabes, plus qu’un constat, c’est une vérité.
  • Evidemment, on ne contrôle qu’eux ! Tu crois qu’avec tes mocassins à gland, ta mèche ridicule sur le côté et ton pull sur les épaules c’est toi que les flics vont arrêter ?
  • Moi en tout cas j’agresse personne dans la rue.
  • Tu me donnes envie de vomir !

Je suis obligé d’intervenir pour calmer le débat. J’ai une idée derrière la tête :

  • STOP ! Calmez-vous un peu… Oh, on est amis on ne va quand même pas se mettre sur la gueule… Moi j’ai une question pertinente à vous poser. Vous êtes d’accord sur un point, c’est que notre société est de plus en plus violente. C’est un fait. Il y a des crimes d’un côté ou de l’autre tous les jours et peut-être que c’est beaucoup plus médiatisé qu’il y a dix ou vingt ans. Maintenant ce qui m’intéresse, c’est vous. Vous tous autour de cette table. Jusqu’à preuve du contraire, vous n’avez jamais tué personne ?

Non, répondent-ils en cœur.

Je reprends :

  • Mais vous ne tuez pas parce que simplement c’est interdit par la loi ou bien parce que c’est immoral ?

Un court silence s’installe dans la conversation. Candice m’interroge :

  • Tu veux dire est-ce qu’on ne le fait pas parce qu’on se retrouverait en prison ou est-ce qu’on ne le fait pas simplement pour notre conscience ?
  • Exactement.
  • Bien sûr que c’est immoral, poursuit-elle. Mais la question ne se pose même pas. Si demain on autorisait le crime, je ne tuerais pas pour autant. Ôter la vie à quelqu’un tu te rends compte ? Mais c’est abominable !
  • Justement je vous pose la question. Éric t’en penses quoi ?
  • Moi je suis d’accord avec ma femme, dit Éric.
  • T’es toujours d’accord avec ta femme toi. Audrey ?
  • Moi je pense que si je pouvais je tuerais mon patron. C’est une enflure de première.

David réintègre le débat :

  • On serait les premiers à s’entretuer si on était au dessus des lois.

Candice conclut ironiquement :

  • Et bien c’est sympa cette soirée, on en sait plus sur ses potes qu’avant de venir.

Par l’intelligence de nos échanges ce soir, j’ai voulu montrer à nos amis qu’en abordant même le sujet de la violence, ils en devenaient eux-mêmes violents. Que la véritable violence est enfouie en chacun de nous et qu’elle a son seuil de tolérance. Nous sommes des êtres civilisés jusqu’à un certain point. Mieux que de faire émerger cette pulsion, il faut la modérer, la façonner, la transformer à travers la création artistique, l’extérioriser par le sport ou toute autre activité cathartique. Après cela, on pourra vivre ensemble.

Martial Mossmann 

Photo libre de droits

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