©Evane Aubard
Dans une société traversée par les tensions politiques, les divisions et les crises internationales, comment retrouver ce qui rassemble les individus ? L’organisation humanitaire Solidarités International a choisi d’aborder cette question à travers un film original, construit autour de rencontres entre des personnes aux convictions très différentes.
Pendant cinq minutes, six participants répartis en trois binômes sont invités à échanger sur leurs valeurs, leur perception du monde et leur conception de l’entraide. Le principe repose sur des confrontations inattendues : une personne optimiste rencontre une personne anxieuse, un défenseur du protectionnisme échange avec un immigré, tandis qu’une personne progressiste dialogue avec une personne conservatrice.
L’objectif n’est pas de déterminer qui a raison, ni de faire changer les participants d’avis. Il s’agit plutôt de découvrir si, au-delà des désaccords, certaines valeurs humaines peuvent créer un terrain d’entente. Une démarche qui prend tout son sens dans un contexte où les crises humanitaires se multiplient et où l’attention du public se déplace rapidement d’une urgence à une autre.
Replicare, un studio engagé fondé par un réalisateur stéphanois
Pour donner vie à cette campagne, Solidarités International s’est appuyée sur une agence de communication parisienne, qui a confié la réalisation au studio Replicare. Cette structure de production audiovisuelle, créée deux ans auparavant, est notamment portée par Geoffrey Saint-Joanis, un réalisateur originaire de Saint-Étienne. Après avoir travaillé au sein de l’agence stéphanoise Auuna, le professionnel de l’image a souhaité donner une nouvelle orientation à son activité. Son ambition : privilégier les projets qui défendent des engagements sociaux, environnementaux ou humanitaires.
Le studio repose sur trois associés aux compétences complémentaires. Geoffrey Saint-Joanis assure la partie réalisation, Mathieu Lesueur, également cofondateur de La Casquette Productions, apporte son expérience de producteur, tandis qu’Étienne Coltat, engagé au sein de l’association Notre Affaire à Tous, participe notamment à la sélection des projets. Avec cette organisation répartie entre Saint-Étienne, Paris et le sud de la France, Replicare entend développer une autre approche de la communication audiovisuelle, davantage tournée vers l’utilité sociale des productions.
Pourquoi Saint-Étienne a été choisie pour le tournage
Le choix de Saint-Étienne ne doit rien au hasard. Lorsque l’agence Better, spécialisée dans une communication plus responsable, présente le projet de Solidarités International à Replicare, Geoffrey Saint-Joanis propose rapidement sa ville d’origine. Le réalisateur dispose sur place d’un important réseau professionnel, un avantage déterminant pour organiser le tournage dans un délai particulièrement court. L’équipe doit notamment identifier six personnes qui ne se connaissent pas et présentent des visions du monde suffisamment contrastées pour nourrir les échanges. La proposition de tourner à Saint-Étienne finit par convaincre les partenaires du projet. La ville offre un environnement différent des décors parisiens habituellement privilégiés dans les campagnes de communication nationales. Sa diversité sociale, son identité populaire et son histoire industrielle constituent également des éléments cohérents avec le message défendu par le film.
Les Halles Barrouin transformées en plateau de cinéma
Pour accueillir cette expérience, la production installe ses caméras dans les anciennes Halles Barrouin, un lieu emblématique du patrimoine industriel stéphanois. Mis à disposition par la municipalité, le bâtiment devient le décor principal du tournage. Ce choix apporte une dimension symbolique supplémentaire au projet. Dans un espace marqué par l’histoire économique et ouvrière de Saint-Étienne, les participants sont invités à réfléchir à ce qui peut encore les rapprocher malgré leurs différences. La réalisation mobilise une équipe entièrement stéphanoise, mettant en valeur les compétences audiovisuelles présentes sur le territoire. Au-delà du message humanitaire, cette production démontre également que Saint-Étienne peut accueillir des projets de communication d’envergure nationale.
Saint-Étienne, un territoire qui possède de vrais atouts pour le cinéma
Pour Geoffrey Saint-Joanis, ce tournage illustre les possibilités offertes par la Loire aux professionnels de l’image. La ville et ses environs réunissent une grande variété de décors : patrimoine industriel, architecture du XIXe siècle, quartiers urbains et paysages naturels accessibles à proximité immédiate. À cette richesse visuelle s’ajoute un argument économique. Les coûts de production peuvent être plus avantageux qu’à Paris, sans nécessairement renoncer à la qualité des équipes techniques. Le film de Solidarités International constitue ainsi une nouvelle vitrine pour les talents stéphanois, capables de participer à des campagnes audiovisuelles porteuses d’un message international.
Un film qui pourrait connaître une version longue
Avec cette campagne, Solidarités International souhaite rappeler que la solidarité ne suppose pas de partager les mêmes idées. L’expérience repose sur une conviction simple : les divergences politiques, culturelles ou personnelles n’empêchent pas nécessairement l’écoute, le respect et l’entraide. Le film aurait rencontré un accueil suffisamment favorable pour encourager la préparation d’une version longue, annoncée comme prochaine. Une belle mise en lumière pour Saint-Étienne, son patrimoine et ses professionnels de l’audiovisuel. Mais surtout une initiative qui pose une question particulièrement actuelle : dans une société de plus en plus divisée, sommes-nous encore capables de nous retrouver autour de l’essentiel ?

