La révélation éclate dans les pages de Vogue en mai dernier. Billie Eilish, icône planétaire de 23 ans, pose en couverture et lâche une phrase qui électrise le milieu musical : « Oklou me fait trop kiffer. Honnêtement, c’est la première à m’enthousiasmer comme ça depuis longtemps. » la jeune femme est diffusée sur la radio Cadence en journée.
En France, cette déclaration suscite l’incompréhension. Qui est donc cette Marylou Mayniel, alias Oklou, chanteuse-autrice-compositrice-productrice de Poitiers, que courtisent désormais Caroline Polachek, Rosalía et la reine de la pop mondiale ?
En janvier, son deuxième album « Choke Enough » s’hisse dans le top 10 mondial de Spotify, exploit inouï pour une artiste française méconnue dans son propre pays. Paradoxalement, ce triomphe coïncide avec sa disparition totale de la scène médiatique : téléphone éteint, naissance de son premier enfant, retrait dans sa maison d’Aubervilliers.
Tout commence au lycée Victor-Hugo de Poitiers. En 2011, une vidéo YouTube immortalise trois adolescentes reprenant « Because » des Beatles a cappella. Les Jazzon Five révèlent une Marylou de 18 ans, « longs cheveux bruns lâchés, regard mi-clos, concentré », qui impressionne déjà Guillaume Chiron, médiateur culturel : « J’ai senti qu’il y avait quelque chose. » explique Oklou.

Précocité littéraire et musicale
À 13 ans, elle remporte le premier prix du concours national des jeunes poètes avec « Le Rêve », texte prophétique évoquant une « Cité atone ». Ces mots, arrachés à un songe gris, annoncent déjà l’univers de la future productrice, « fait de paysages intérieurs, de silences en suspension, et d’un étrange vertige. » lance Oklou.
L’enseignement traditionnel l’étouffe, même à l’école Jazz de Tours où elle s’inscrit après le bac. Le déclic survient pour Oklou brutalement à 19 ans : on lui vole son violoncelle. Fin de la musique classique, Marylou « troque l’archet pour un clavier, télécharge Logic Express, s’initie seule à la production numérique. » Ce cambriolage involontaire la propulse vers son véritable instrument : l’ordinateur, portail vers « un monde nouveau » de « boucles, arpèges synthétiques, textures liquides et flottantes. »
Oklou rejoint alors « la scène mouvante et foisonnante d’Internet », époque d’effervescence créative où, selon Lucien Krampf, producteur et ami, « tu faisais trois morceaux qui marchaient sur SoundCloud et tu pouvais te retrouver à jouer un mois plus tard en live à Prague ou à Helsinki. »
Sa rencontre avec Barbara Braccini (future Malibu) en 2014 à la Villa Arson de Nice cristallise cette approche expérimentale. « Il y avait zéro pression. Ni pour réussir ni pour plaire », se souvient Barbara. « C’était pas sérieux, mais c’était sincère. » Cette philosophie du bricolage créatif, « extension de notre amitié » plus que projet professionnel, forge l’ADN artistique d’Oklou.
Une trajectoire tissée en marge
Ce parcours atypique, « patiemment tissé en marge des circuits », explique pourquoi les médias français n’ont pas anticipé ce phénomène. Pendant que l’industrie musicale cherchait la prochaine star dans les conservatoires et les maisons de disques, Oklou construisait son univers dans l’ombre, « loin de l’urgence, en contournant les règles du jeu. »
Son succès mondial valide une approche alternative : celle d’une créatrice qui refuse l’exposition permanente pour préserver son authenticité, démontrant qu’on peut conquérir la planète depuis Poitiers, ordinateur en main et liberté créative intacte. Elle sera en concert le 19 novembre 2025, dans la région, à Lyon au Transbordeur. Elle est en diffusion sur la radio française Cadence.

