Lorsque la Ville de Saint-Étienne a engagé le processus de rupture du jumelage avec Nof HaGalil, noué en 1974, pour simultanément envisager un jumelage avec une collectivité palestinienne, la communauté juive locale a ressenti le choc. Des membres de l’Association cultuelle israélite de la Loire ont demandé à être reçus par Régis Juanico, ce qui fut fait le 12 mai. Bernard Karsenti, vice-président de l’association, accepte de porter publiquement la parole de sa communauté, dans un contexte de tensions palpables où plusieurs membres avaient d’abord préféré garder l’anonymat par mesure de sécurité.
La position de l’association ne remet pas en cause la légitimité de la décision municipale, mais en conteste l’équilibre : en rompant le lien avec une ville israélienne tout en se tournant vers une ville palestinienne, Saint-Étienne risque, selon ses membres, d’importer un conflit extérieur au sein même de la municipalité.
Nof HaGalil, une ville de coexistence dirigée par un maire de gauche
Un argument central avancé par l’association concerne la nature même de la ville concernée. Nof HaGalil est dirigée par Ronen Plot, maire issu de la gauche israélienne, et accueille des habitants des trois confessions, juifs, chrétiens et musulmans. Cette réalité contredit les affirmations de certains manifestants qui avaient décrit le maire de la ville comme étant d’extrême droite.
Michel Baer, habitant de Nof HaGalil depuis 1961 et acteur du jumelage originel, le confirme sans ambiguïté. Un autre témoignage vient d’un natif de la ville, musulman, ayant étudié à Saint-Étienne et vivant aujourd’hui à Paris : il décrit une commune où la cohabitation fonctionne, et s’interroge sur les raisons d’une rupture qui, selon lui, relève davantage du contexte géopolitique international que de la réalité locale.
Une piste inattendue : Nazareth
Au cours de la rencontre du 12 mai, Régis Juanico a indiqué vouloir poursuivre un partenariat avec une ville israélienne proche des valeurs stéphanoises, tout en soulignant que les échanges avec Nof HaGalil étaient devenus inexistants depuis de nombreuses années. L’association a formulé une suggestion symboliquement forte : un partenariat avec Nazareth, ville à majorité arabe qui est par ailleurs elle-même jumelée avec Nof HaGalil, permettrait de réconcilier les ambitions de rapprochement des peuples avec le maintien d’un lien avec le territoire israélien.
En marge de ce dossier sensible, Régis Juanico a annoncé qu’un arbre Ilan Halimi sera officiellement inauguré le 12 juin à 11 heures au square des Ordres-Nationaux, en présence de la préfecture, de la Licra et de l’Association cultuelle israélite. Un hommage au jeune homme séquestré, torturé et assassiné en 2006 par le gang des barbares, parce que juif.


