Interview de Gauvain Sers en concert à Saint-Etienne en mars

L’auteur-compositeur-interprète sera bientôt à Saint-Etienne pour un concert exceptionnel au Fil. Le rendez-vous est donné le samedi 28 mars. Entretien avec Gauvain Sers.

D’où vient l’idée de votre chanson Les oubliés qui raconte la fermeture d’une école ?

Je voulais aborder le sujet de la désertification rurale depuis longtemps. J’ai grandi dans la Creuse où les centres-villes sont de plus en plus déserts, les services publics abandonnés. Et un jour, j’ai reçu une bouteille à la mer très touchante d’un instituteur de Ponthoile, dans la Somme, Jean-Luc Massalon, qui m’écrivait sa lutte pour sauver son école menacée de fermeture. Il parlait de son métier avec beaucoup de passion, de détresse aussi. Plutôt que de passer un message au milieu d’un concert, comme il me le demandait, j’ai préféré en faire une chanson.

Avez-vous eu des nouvelles de l’enseignant ?

Je ne l’avais pas rencontré avant d’écrire la chanson. Maintenant, on se connaît bien et il est plus bouleversant en vrai que dans sa lettre. C’est lui qui joue dans le clip avec les vrais élèves, qui ont dû changer d’école. On a aussi tourné un documentaire en trois épisodes pour expliquer ce que cette fermeture avait engendré dans le village.

On s’est vraiment lié d’amitié avec Jean-Luc. Je lui ai fait la surprise d’aller le revoir le 11 décembre, lorsqu’il a reçu le prix de l’Étoile picarde, qui récompense l’anonyme de l’année en Picardie. Aujourd’hui, il enseigne dans un regroupement scolaire, bien plus grand. « Une usine à élèves »,comme il l’appelle. Je crois qu’il souffre beaucoup du manque de temps.

Vous-même avez fréquenté une école rurale ?

Oui, j’ai grandi dans la Creuse, où il n’y a que des écoles rurales pour le coup, sauf à Guéret. J’ai de beaux souvenirs. Tout le monde se connaissait. La proximité avec les enseignants était très forte. Je n’aurais sans doute pas eu la même éducation, si j’avais été dans un regroupement. Il me semble qu’il y a beaucoup plus d’entraide et d’humain dans ces écoles de village.

Pourquoi défendez-vous les territoires ruraux dans vos chansons ?

J’ai beaucoup parlé de la Creuse dès mes débuts, parce qu’elle est souvent citée quand on a envie de se moquer d’un département. Une fois chanteur, soit je n’en parlais pas et je reniais mes origines, soit j’en faisais une force. Si je n’avais pas eu cette enfance creusoise, je n’écrirais pas les chansons de la même manière. C’est important de se souvenir d’où l’on vient, surtout quand on fait un métier artistique.