Une grève se prépare chez les restaurateurs, les salles de spectacle, les discothèques et les bars

La vente à emporter ne suffit plus pour gérer économiquement un restaurant. « Si on ne fait rien pour nous, c’est la moitié de notre profession qui met la clé sous la porte » dit l’un d’eux. Le Premier ministre a détaillé ce jeudi les mesures du déconfinement avec un couvre-feu de 20h à 6h du matin. « Ce qui veut dire que la vente à emporter c’est fini, on va faire quoi ? »

Des bars et restaurant fermés au public depuis le 30 octobre et qui pourraient rouvrir fin janvier 2021

La population attendait un fredonnement de bonnes nouvelles. Mais non. Le gouvernement a décidé de ne pas ouvrir les cinémas, les musées et les théâtres pour donner la priorité aux églises et aux commerces. Les artistes n’arrivent pas à avaler la pilule. Le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé que les lieux culturels pourraient rester fermés jusqu’au 7 janvier au lieu de rouvrir le 15 décembre comme c’était prévu.

Chez nos confrères de BFMTV, Roselyne Bachelot, a précisé vendredi que le 7 janvier était une « date de revoyure ». Autrement dit, rien ne dit que les lieux culturels pourront rouvrir au début de l’année 2021. Pas de yoyo sous le sapin, mais pas de sifflet non plus annonçant la réouverture… Après les fêtes, la gueule de bois sera aussi culturelle.

Un grève de la CGT Spectacle le 15 partout en France

De nombreux lieux de culture ont fait des efforts pour aménager leurs salles  de réception. Avec un protocole sanitaire très strict. « Qu’on ne nous dise pas qu’on est porteur du virus, c’est ici impossible » indique un patron de café-théâtre. Dans les colonnes des Inrocks : « C’est le désastre absolu pour les artistes et techniciens intermittents du spectacle », martèle Stanislas Nordey, metteur en scène et directeur du TNS de Strasbourg. « Il faut absolument que le budget pour lequel se bat la ministre de la Culture soit fléché au maximum sur les plus fragiles, les petits lieux, les compagnies, les jeunes artistes. Ce que pose cette décision, c’est une question philosophique qui concerne la société dans son ensemble. Pourquoi rouvrir les magasins et les lieux de culte avant les lieux culturels ? Mais l’énorme colère qu’on a ressentie hier, c’est la ‘clause de revoyure au 7 janvier’. Ce n’est pas possible. Il faut qu’on nous donne une date. Les équipes sont épuisées, particulièrement à l’accueil, la billetterie, les techniciens qui montent et démontent les décors. On sent monter un immense ras-le-bol. L’incertitude nous tue et je réclame que ce gouvernement revienne sur sa décision en nous fixant une date de réouverture pour qu’on puisse travailler à partir de ça. ». À Saint-Étienne, Lyon, Montpellier, Paris ou Nice c’est le même problème.

 

Même réaction de la part d’Emmanuel Demarcy-Mota, metteur en scène, directeur du théâtre de la Ville et du festival d’Automne à Paris. “2020…. C’est deux fois zéro, deux fois zéro, c’est-à-dire zéro partout ! Cest ma pensée du jour, il ne me reste plus que ça, réfléchir sur ce chiffre magique. En plus, comme on a découvert hier qu’être testé négatif, c’est positif, on a vraiment atteint le sommet… On a compris qu’on ne sait plus rien, c’est l’année de René Descartes, le doute métaphysique absolu sur l’existence. Ce que je pense de la déclaration du gouvernement d’hier ? On a vraiment une problématique de représentation de la parole… On avait tout organisé pour que le théâtre de la Ville puisse être ouvert pendant la période des fêtes. Dans ce que nous défendons, il est essentiel que les théâtres qui défendent une mission de service public la tiennent en montrant leur capacité d’ouverture. Le monde de la culture se doutait que ça ne se passerait peut-être pas comme on le souhaitait et on avait anticipé le risque que tout s’arrête à nouveau, mais on est sidérés par la manière dont ça arrive. Il ne s’agit pas de se lamenter sur son propre sort, mais de se dire : qu’est-ce qu’on va pouvoir construire ? Cela génère beaucoup d’incompréhensions devant des contradictions flagrantes : certains lieux ouverts, d’autres fermés.

Du côté de Saint-Étienne, Le Zénith restera fermé et devra annuler des soirées, le Fil, le Pax comme le cinéma ont porte close. Les salles de spectacles vivants deviennent mortes.

« la programmation d’un théâtre comme le nôtre va jusqu’en 2022. Donc quand on annule un spectacle, il faut trouver un autre créneau, mais quand ? »

 Jean-Michel Ribes, le directeur du Théâtre du Rond-Point de Paris raconte à France 24 « J’entends le président de la République dire “ah oui, on sait, ils ont envie de jouer”, comme si nous étions des enfants dans un bac à sable. On ne s’amuse pas. C’est un métier très compliqué et un métier très utile qui crée du lien social. Nous sommes des réanimateurs. On apporte du rêve aux gens ». Certes, il y a des aides financières de la part du gouvernement, mais nous ne sommes pas du tout écoutés. Nous ne sommes pas considérés, alors que le monde culturel a un poids économique considérable en France. Il y a plus de gens qui vont dans les théâtres que dans les stades de football. J’entends dire qu’il faut privilégier l’économie. Mais nous sommes l’économie. Nous sommes un pays de création et de culture. Je ne vois rien. Il faut bien comprendre que la programmation d’un théâtre comme le nôtre va jusqu’en 2022. Donc quand on annule un spectacle, il faut trouver un autre créneau, mais quand ? C’est un jeu de domino infernal ». 

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