La phrase inscrite sur la pancarte d’Arthur, 15 ans, résume l’état d’esprit du rassemblement stéphanois. Victime lui-même de violences sexuelles dans son enfance, l’adolescent venu de la plaine du Forez a tenu à être présent. À ses côtés, sa mère rappelle un parcours douloureux : les premières plaintes ignorées, les tentatives de suicide, et aujourd’hui un fils qui va mieux. Elle est venue pour lui, mais aussi pour tous les enfants victimes.
Le rassemblement, organisé devant le palais de justice de Saint-Étienne par l’association Aispas, a réuni environ 500 personnes. Une minute de silence a marqué le moment de recueillement, avant que des ballons ne s’envolent dans le ciel stéphanois. Au sol, les larmes coulaient.
De l’émotion à la colère
Plusieurs mères de famille ont exprimé une lassitude profonde face aux mêmes discours qui se répètent sans que rien ne change. Le cas de Lyhanna les a particulièrement heurtées : les signalements concernant le suspect remontaient à 2017, des accusations classées sans suite à plusieurs reprises. Comment un tel drame a-t-il pu se produire malgré ces alertes ? Une question qui a transformé le chagrin en indignation pour beaucoup de participants.
Des associations qui réclament des moyens et une loi
Géraldine Blanchard-Vicard, directrice d’Aispas, espère que cette tragédie conduira enfin à une prise de conscience sur la nécessité d’écouter les victimes et de doter les associations et la justice de moyens suffisants. Sa juriste souligne un retard français sur la formation des policiers et des magistrats par rapport aux voisins européens.
À Roanne, où 300 personnes s’étaient également réunies devant le tribunal, l’association Féministes en Roannais a réclamé l’inscription immédiate à l’agenda parlementaire d’une proposition de loi intégrale contre toutes les formes de violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Ce texte, déposé en décembre 2025 par plus d’une centaine de collectifs, n’a pas encore été débattu à l’Assemblée nationale. Sa présidente a aussi appelé le gouvernement à assumer ses responsabilités politiques plutôt que de rejeter la faute sur la magistrature.
Chaque année en France, 160 000 enfants sont victimes d’abus sexuels selon Aispas. Accueil, écoute, suivi psychologique et juridique : l’association se positionne comme un relais pour accompagner les victimes lors des dépôts de plainte.


