Ce 26 septembre 1965, un orage d’une rare violence s’abat sur les hauteurs du Chambon. Victor Grail, qui habite en contrebas de la ferme familiale, ne se doute pas que le lendemain matin lui réserve une surprise de taille. Sur son trajet habituel pour s’occuper des vaches, il découvre un spectacle improbable : un petit avion coincé dans un pylône électrique, entre les lignes moyenne et haute tension qui se croisaient. L’orage avait été si violent que ses parents, sa sœur et son beau-frère, pourtant installés dans la ferme à une cinquantaine de mètres à peine, n’avaient rien entendu, ni le crash, ni l’arrivée des pompiers.
La stupeur est encore plus grande lorsque l’identité des passagers est révélée. À bord de l’appareil se trouvaient Sacha Distel, sa femme et leur pilote. Le chanteur, attendu pour un concert en Lozère, avait traversé à pied dans la nuit des prés escarpés pour rejoindre la seule maison éclairée des environs, celle du maçon Alain Mayer, rue Léo-Lagrange. Un périple que Victor Grail juge encore aujourd’hui particulièrement périlleux compte tenu du relief.
Un pylône à terre, un avion en équilibre et tout le village en défilé
L’avion restera sur place plusieurs jours, le temps que les autorités interviennent. L’une des ailes avait sectionné l’un des quatre pieds du pylône, qui s’est finalement effondré le lundi matin. Avant même que la presse ne relaie l’information, le bouche-à-oreille avait suffi à mobiliser toute la population du Chambon, accourue pour constater les dégâts.
Trente-sept ans après les faits, Sacha Distel reviendra lui-même sur sa mésaventure lors d’un concert à la Forge. Il confiera alors avoir eu la vie sauve grâce à sa femme, qui lui avait demandé de s’installer à l’arrière de l’appareil. Une décision providentielle : au moment du crash, c’est le moteur qui s’était retrouvé projeté sur le siège passager, à côté du pilote. Une histoire que la famille Grail, témoin involontaire de ce fait divers hors du commun, n’a pas fini de raconter.

