La chro­nique de Martial : renouer avec les petits plai­sirs de la vie pour se sen­tir vivant

J’ai ten­dance à croire qu’on a dû mal à juger les choses avec dis­cer­ne­ment. Ce que l’on pos­sède et notre soif de dési­rer tou­jours davan­tage obs­true cer­tai­ne­ment notre capa­ci­té à nous conten­ter des petits plai­sirs de la vie. Ceux qui ne nous tra­hissent jamais. Renouer avec la nature, avec notre corps, avec les autres, c’est peut-être cela le monde d’après.

Fouler l’herbe menue qui fris­sonne sous la rosée du matin. Enlacer un arbre cen­te­naire et le sen­tir vivant le temps d’une étreinte. S’époumoner d’une brise qui nous fait res­sen­tir nos organes. S’accorder une lec­ture qu’on a avor­tée près du feu sous un plaid. Entendre la braise cré­pi­tante au gré d’un par­fum feu de bois. Observer la Lune s’ef­fa­cer à tra­vers la baie vitrée. Écouter un peu de musique cubaine avec un verre d’al­cool à la main. Appeler un vieil ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps.

” Entendre l’oi­seau chan­ton­ner dehors sous l’œil du chat amusé ”

Se racon­ter nos amours d’an­tan. Discuter du temps qui passe. Noter une blague dans un car­net. Ressortir ses pho­tos de voyage. S’étonner d’un moment dont on avait fait abs­trac­tion. Fendre la crème brû­lée d’un coup de cuillère vif. Entendre l’oi­seau chan­ton­ner dehors sous l’œil du chat amu­sé. Ne plus pen­ser au pas­sé, mais s’an­crer dans le pré­sent. Faire un tour de vélo dans les bois. S’arrêter au bord de la rivière. Lever la tête vers les sapins qui piquent vers le ciel, d’où émane un halo de lumière. Tremper ses pieds dans l’eau ruisselante.

Se trou­ver nez à nez avec une biche curieuse accom­pa­gnée son faon. Sentir son cœur tam­bou­ri­ner le temps de cette ren­contre for­tuite. Écrire, écrire pour racon­ter, écrire pour exis­ter, écrire pour soi, écrire pour se sen­tir vivant. Déchirer la page puis recom­men­cer. Apprécier de s’en­nuyer. Compter les céréales dans le paquet et faire les jeux au dos de la boîte. Apprécier la légè­re­té d’un café crème. Voir le chien affa­lé sur le cana­pé savou­rant sa sieste ryth­mée par le tic tac de la grande hor­loge. Chausser des pan­toufles en mol­le­ton. Boire une bière dans son garage en repei­gnant une porte. Se refaire toute la dis­co­gra­phie d’Iggy Pop et Phil Collins. 

Remettre la main sur son jour­nal intime du col­lège. Relire ce cha­grin d’a­mour d’un soir où la Terre sem­blait s’ar­rê­ter. En rire aux éclats avec le recul. S’enfoncer dans un mate­las à mémoire de forme. Sombrer dans un som­meil pro­fond et rêver. Rêver d’un ailleurs. Rêver d’une cou­leur. D’une lumière. Celle de l’a­pai­se­ment loin des len­de­mains qui grondent.

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