Alors que les manifestations lycéennes se multiplient dans la Loire, une partie des élèves mobilisés souhaite recentrer le débat sur les difficultés rencontrées dans les établissements scolaires. Plutôt que de laisser les incidents survenus lors de certains rassemblements occuper toute l’attention, une coordination baptisée Assemblée lycéenne a entrepris de recueillir directement la parole des jeunes. L’initiative a débuté le vendredi 2 octobre 2026, avec la diffusion d’un questionnaire sur les réseaux sociaux. En seulement 48 heures, 1 366 réponses avaient été enregistrées. Le nombre de participants a ensuite dépassé 1 400.
Six établissements de Saint-Étienne et de son agglomération sont concernés : Honoré-d’Urfé, Jean-Monnet, Benoît-Fourneyron, Fauriel, Étienne-Mimard et Simone-Weil, à Saint-Priest-en-Jarez. La consultation aborde six grandes thématiques : le mouvement lycéen, la santé mentale, les effectifs des personnels éducatifs, Parcoursup, l’état des bâtiments et l’accès aux activités culturelles ou sportives. Les organisateurs souhaitent désormais élargir cette démarche aux autres établissements du département. Sur environ 18 700 élèves fréquentant les lycées publics de la Loire, les réponses recueillies représentent près de 7,5 % des effectifs. Un volume important pour une initiative lycéenne, même si ce questionnaire volontaire ne constitue pas un sondage scientifiquement représentatif.
Santé mentale : trois lycéens interrogés sur quatre évoquent de l’anxiété
Les résultats concernant le bien-être psychologique figurent parmi les plus préoccupants. Selon cette consultation, près de 75 % des participants déclarent avoir déjà ressenti de l’anxiété liée à leur scolarité. Plus inquiétant encore, 44,2 % estiment que leurs études ont entraîné des conséquences importantes sur leur santé mentale. La pression scolaire, les examens, la quantité de devoirs et les incertitudes concernant l’avenir participent à ce sentiment de fragilité. Le questionnaire fait également apparaître que 22 % des répondants déclarent avoir déjà souffert de phobie scolaire. Une proportion identique affirme avoir connu des pensées suicidaires qu’ils associent à leur vie au lycée.
Ces déclarations doivent être prises au sérieux, tout en rappelant qu’elles reposent sur le ressenti des élèves et non sur une évaluation médicale. À l’inverse, 21 % des participants indiquent ne pas avoir éprouvé de difficultés particulières liées à leur scolarité. Ces réponses dessinent un constat contrasté, mais révèlent surtout la nécessité d’une meilleure prise en compte des difficultés psychologiques au sein des établissements.
Professeurs, infirmières, psychologues : des personnels jugés insuffisants
La question des moyens humains constitue un autre point central des revendications. Parmi les lycéens interrogés, 56 % signalent un manque d’enseignants dans leur établissement. Les difficultés concernent notamment les absences et les remplacements, susceptibles de perturber durablement le déroulement des programmes. La situation des services de santé scolaire suscite également des inquiétudes. Ainsi, 51 % des répondants déplorent un nombre insuffisant d’infirmiers ou d’infirmières. Plus de la moitié, soit 55 %, affirment avoir déjà trouvé l’infirmerie inaccessible en raison de l’absence de personnel.
Les besoins en accompagnement psychologique sont également pointés du doigt : 46,3 % des élèves estiment manquer de psychologues de l’Éducation nationale. D’autres fonctions essentielles sont concernées. Le questionnaire relève que 28 % des participants signalent un manque d’assistants sociaux, 27 % d’accompagnants d’élèves en situation de handicap et 12 % de conseillers principaux d’éducation ou de personnels de vie scolaire. À peine 1,2 % des répondants considèrent que leur établissement ne souffre d’aucun manque de personnel. Pour les élèves nécessitant un accompagnement spécifique, les difficultés peuvent se révéler particulièrement pénalisantes. Parmi ceux concernés par un plan d’accompagnement personnalisé ou un projet d’accueil individualisé, 17 % déclarent attendre encore sa mise en place et 25 % jugent le dispositif existant insuffisant.
Parcoursup : 86 % des répondants dénoncent des inégalités
La plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur concentre elle aussi une importante partie des critiques. Selon les résultats communiqués, trois quarts des lycéens interrogés considèrent que Parcoursup complique leur orientation et accentue la pression scolaire. Seuls 3,5 % estiment que le dispositif facilite réellement leurs démarches. Les interrogations portent également sur l’égalité des chances. Pas moins de 86 % des participants jugent la procédure injuste ou inégalitaire selon l’origine sociale des candidats. À l’opposé, seulement 3,4 % considèrent qu’elle garantit les mêmes possibilités de réussite à chacun.
Ces résultats traduisent une forte défiance parmi les répondants. L’enjeu dépasse la seule utilisation d’une plateforme numérique. Pour ces jeunes, les décisions d’orientation s’inscrivent dans un environnement marqué par la concurrence entre candidats, les résultats scolaires et la crainte de ne pas accéder à la formation souhaitée.
Des salles de classe trop chaudes en été et trop froides en hiver
Les conditions matérielles occupent une place considérable dans cette enquête. Alors que la Région Auvergne-Rhône-Alpes est compétente pour la construction, l’entretien et l’équipement des lycées publics, de nombreux élèves dressent un bilan sévère de leurs locaux. Selon la consultation, 84 % des répondants signalent des problèmes d’isolation dans certaines salles de cours. Les températures représentent une difficulté majeure : 88 % déclarent avoir déjà souffert d’une chaleur excessive empêchant leur concentration, tandis que 56 % affirment avoir eu trop froid pour travailler correctement en hiver.
Lors des examens de fin d’année, plus de huit élèves sur dix disent avoir rencontré des difficultés importantes de concentration liées aux conditions thermiques. Le problème se poursuit parfois à domicile. Plus de la moitié des participants estiment avoir déjà été gênés par la chaleur pour réviser chez eux. Les équipements scolaires sont également mis en cause. Plus d’un élève sur deux, soit 51 %, considère que les ordinateurs disponibles sont insuffisants. Plus surprenant encore, 26 % signalent un manque de tables ou de chaises dans les salles de classe.
Par ailleurs, 28 % évoquent des locaux détériorés, avec notamment des vitres endommagées ou des stores défectueux. Seul un répondant sur cinq estime que les salles sont correctement adaptées au nombre d’élèves. Ces difficultés apparaissent d’autant plus sensibles que certaines classes peuvent atteindre 35 élèves, voire davantage, selon les situations rapportées par les représentants lycéens.
Toilettes sans savon et cantines saturées : le quotidien pointé du doigt
Au-delà des enseignements, la consultation révèle des problèmes touchant aux besoins les plus élémentaires. Près de 70 % des élèves interrogés signalent des sanitaires régulièrement dépourvus de papier toilette ou de savon. L’état des installations est également dénoncé : 44 % déclarent avoir déjà renoncé à utiliser les toilettes de leur établissement en raison de leur dégradation. Autre sujet de mécontentement : la restauration scolaire. Pour 45 % des participants, les files d’attente ont déjà été suffisamment longues pour les conduire à renoncer à déjeuner à la cantine. Le manque de places est signalé par 42 % des répondants. La question financière apparaît également, puisque 18 % indiquent avoir déjà évité la restauration scolaire à cause de son prix. Au total, moins d’un quart des élèves interrogés ne relève aucune difficulté particulière concernant le fonctionnement de la cantine. Derrière ces pourcentages, c’est la qualité de vie quotidienne dans les établissements qui est directement questionnée.
Culture et sport : des activités sacrifiées à cause du travail scolaire
La consultation ne se limite pas aux équipements et aux ressources humaines. Elle s’intéresse aussi à la place laissée aux loisirs et à l’épanouissement personnel. Selon les résultats, 78 % des répondants considèrent que leur lycée ne propose pas suffisamment de sorties culturelles. Les obligations scolaires ont également des conséquences sur les activités pratiquées en dehors des cours. Près de 64 % des élèves déclarent avoir déjà abandonné une activité extrascolaire en raison de leur charge de travail. Seuls 12 % estiment que leurs devoirs et leurs révisions n’ont aucune incidence sur leurs pratiques sportives ou culturelles. Ces chiffres interrogent l’équilibre entre réussite scolaire, vie personnelle et accès aux loisirs. Ils témoignent aussi d’une demande plus large : celle d’une école capable d’accompagner les élèves dans leur développement, au-delà de la seule performance académique.
Manifestations à Saint-Étienne : une majorité soutient le mouvement sans cautionner les violences
Depuis le début du mois d’octobre, plusieurs mobilisations lycéennes ont été marquées par des tensions dans l’agglomération stéphanoise. Des dégradations et des affrontements ont notamment été signalés le 8 octobre aux abords du lycée Étienne-Mimard. Ces événements ont suscité de vives réactions et renforcé les inquiétudes autour de la sécurité des établissements. Pour autant, les résultats de la consultation montrent une distinction importante entre l’adhésion aux revendications et le recours à la violence. Près des trois quarts des participants déclarent soutenir la mobilisation tout en se désolidarisant des actes violents. Environ 2 % seulement se disent opposés au mouvement.
Les interventions des forces de l’ordre constituent également un sujet de préoccupation. Selon les réponses recueillies, 63 % des élèves affirment connaître au moins une personne ayant subi ce qu’ils considèrent comme des violences policières. Par ailleurs, 62 % jugent la réponse policière disproportionnée. Il s’agit ici de perceptions déclarées dans le cadre du questionnaire, qui ne permettent pas, à elles seules, d’établir la réalité ou les circonstances de chaque incident.
Face aux tensions, l’Assemblée lycéenne cherche désormais à structurer sa représentation. Après des échanges avec des responsables d’établissements et le directeur académique des services de l’Éducation nationale, ses membres souhaitent poursuivre les discussions avec les autorités. Une rencontre avec le préfet était notamment envisagée. La question des interlocuteurs compétents reste centrale. Si les programmes scolaires, les moyens pédagogiques et une partie des personnels relèvent de l’Éducation nationale, l’entretien des bâtiments et une partie de leur équipement dépendent de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
Le président de la Région, Fabrice Pannekoucke, s’est d’ailleurs déplacé devant le lycée Étienne-Mimard le vendredi 9 octobre, après les violences et les dégradations de la veille. Il a affiché son soutien à la communauté éducative et évoqué la possibilité d’une aide face aux dommages subis, tout en affirmant sa disponibilité pour entendre les revendications. Pour les représentants lycéens, l’enjeu consiste désormais à identifier les bons interlocuteurs et à transformer les résultats de leur consultation en propositions concrètes.
Dans la Loire, un mouvement qui dépasse désormais les blocages
La mobilisation doit se poursuivre ce mardi 13 octobre, avec des rassemblements annoncés à Saint-Étienne et à Roanne. Plusieurs organisations syndicales de l’Éducation nationale accompagnent le mouvement et appellent également les personnels à participer. À Saint-Étienne, un départ est prévu à 10 h 30 depuis la Bourse du travail, en direction de la préfecture. À Roanne, le rassemblement doit débuter à la même heure devant l’IUT, avant de rejoindre la sous-préfecture. Au-delà des manifestations, la coordination lycéenne entend élargir son réseau à l’ensemble du département. L’objectif est de faire émerger une parole collective sur les conditions d’études et les perspectives d’avenir des jeunes Ligériens.
Cette consultation ne prétend pas représenter scientifiquement tous les lycéens de la Loire. Mais avec plus de 1 400 contributions, elle met en évidence des préoccupations qui méritent d’être examinées. Derrière les images de blocages et les débats sur les violences, les élèves soulèvent des questions concrètes : pouvoir étudier dans des locaux adaptés, bénéficier d’un accompagnement suffisant, accéder à des sanitaires convenables et préparer son avenir sans subir une pression permanente. Autant de sujets qui placent désormais l’État, l’Éducation nationale et la Région face aux attentes exprimées par une partie de la jeunesse ligérienne.

