Un matin d’octobre 2023, Jérôme est retrouvé mort dans sa chambre du service psychiatrique de l’hôpital de Montbrison. Il avait été admis la veille. L’autopsie conclut à une mort violente par overdose de méthadone. Rapidement, les soupçons se portent sur Laurent, 47 ans, voisin du couple, dont les relevés téléphoniques révèlent une succession d’appels et de messages avec la victime durant la période d’hospitalisation. Le voilà jugé pour offre ou cession de stupéfiants et, surtout, pour homicide involontaire.
Un prévenu au long casier, mais pas pour stupéfiants
Laurent n’est pas un inconnu des tribunaux. Son casier judiciaire compte vingt et une mentions — vols, fausse monnaie, violences, extorsion, infractions routières. Mais jamais de stupéfiants, comme le précise lui-même le président à l’audience. Virulent à la barre, le prévenu nie catégoriquement avoir fourni quoi que ce soit à son voisin. Il reconnaît un échange la veille du décès, mais affirme que Jérôme lui avait simplement demandé des cachets pour dormir.
La douleur d’une femme, la colère d’une famille
C’est l’épouse du défunt qui porte la charge émotionnelle du procès. En larmes à la barre, elle décrit un mari emporté par la drogue, un enfant de bientôt quatre ans qui ne connaîtra jamais son père, et désigne Laurent comme celui qui aurait fourni la méthadone avant l’hospitalisation — dissimulée, selon elle, dans les paquets de cigarettes remis à son insu. La souffrance de la famille est totale : frères, parents, tous portent en eux la culpabilité de n’avoir pas réussi à arracher Jérôme à son addiction. La victime, qui ne cachait pas ses tendances suicidaires, était déjà tombée dans le coma suite à une prise de méthadone une douzaine de jours avant son décès.
La défense démonte l’accusation pièce par pièce
La procureure avait requis trois ans de prison dont deux avec sursis probatoire, s’appuyant sur la chronologie des contacts téléphoniques et la thèse des cachets cachés dans les paquets de cigarettes. L’avocate de la défense a méthodiquement démonté cette construction. Premier argument : la méthadone se présente sous forme liquide, pas en cachets, on ne cache pas un liquide dans un paquet de cigarettes. Deuxième argument : aucune vidéosurveillance n’a été exploitée. Troisième argument : le légiste lui-même n’a retenu la méthadone que comme cause potentielle du décès, et non certaine. Sans lien de causalité établi avec certitude, la condamnation est impossible.
Le tribunal a suivi le raisonnement de la défense : faute d’établir avec certitude l’identité de la personne ayant remis la méthadone, Laurent a été relaxé. Mais l’audience a également ouvert une autre question, soulevée par l’avocate de la défense : celle de la responsabilité de l’établissement hospitalier, qui aurait laissé sans surveillance suffisante un patient admis pour des idées suicidaires. Une interrogation qui, elle, reste sans réponse judiciaire.


