Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à France Travail a progressé de 0,7 % sur un an dans la préfecture ligérienne, pour atteindre 11 575 personnes fin décembre 2025. Une dégradation qui impacte surtout les jeunes et contraste avec l’amélioration constatée sur la dernière décennie.
Une progression contenue mais préoccupante
Fin décembre 2025, Saint-Étienne comptait 11 575 chômeurs inscrits en catégorie A (sans activité) à France Travail, soit une hausse de 0,7 % sur un an. Si cette progression reste modérée, elle marque un retournement de tendance après plusieurs années d’amélioration.
L’ancienne cité minière résiste néanmoins mieux que la région Auvergne-Rhône-Alpes, où le nombre de demandeurs d’emploi a bondi de 5,3 % sur la même période. Cette performance relative témoigne d’une certaine résilience du tissu économique local face à la dégradation du marché du travail.
Une amélioration sur dix ans malgré un écart persistant avec la région
Sur la dernière décennie, la situation de l’emploi s’est globalement améliorée à Saint-Étienne. Le taux de chômage s’élevait à 10,7 % en 2015, avant de descendre à 9,2 % en 2020, puis à 7,6 % en 2022, pour remonter légèrement à 8,5 % en 2025.
La courbe régionale suit une évolution similaire : 9 % en 2015, 7,9 % en 2020, 6,2 % en 2022 et 6,6 % en 2025. Toutefois, le chômage dans la ville aux sept collines demeure structurellement plus élevé que dans la région, avec un écart moyen de deux points sur toute la période.
Les jeunes en première ligne : +14,7 % de chômeurs sur un an
Les jeunes âgés de 18 à 25 ans sont particulièrement exposés au risque de chômage. Fin décembre 2025, plus d’un jeune sur cinq (21,6 %) se trouvait sans emploi à Saint-Étienne, soit un point et demi de plus qu’un adulte de moins de 26 ans résidant en Auvergne-Rhône-Alpes (20 %).
Dans les agences France Travail stéphanoises, de nombreux jeunes diplômés témoignent de leurs difficultés à décrocher un premier contrat stable. Certains cumulent les stages non rémunérés et les missions d’intérim de courte durée, sans parvenir à construire une trajectoire professionnelle cohérente. D’autres, sortis du système scolaire sans qualification, enchaînent les refus malgré leur motivation, faute d’expérience suffisante aux yeux des recruteurs.
Cette classe d’âge a enregistré la plus forte progression du chômage durant l’année écoulée : +14,7 %. Les jeunes stéphanois restent cependant mieux lotis que ceux de la région, qui ont subi une hausse de 20,3 % sur la même période.
À l’inverse, chez les actifs âgés de 26 à 49 ans et chez les 50 ans et plus, le nombre de demandeurs d’emploi a régressé, respectivement de 1,3 % et 5,4 % sur un an. Cette évolution contraste avec la région, où ces deux catégories voient leur courbe du chômage augmenter de 3,1 % et 0,1 %.
Les peu qualifiés, premières victimes de la précarité
Dans la préfecture ligérienne, les personnes ayant un niveau de formation peu élevé représentaient 47 % des demandeurs d’emploi fin décembre, contre 44 % au niveau régional. Elles constituent les populations les plus vulnérables au risque du chômage.
Les demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés font face à un marché du travail de plus en plus exigeant. Beaucoup expriment leur découragement face aux offres qui nécessitent des compétences numériques qu’ils ne possèdent pas, ou qui demandent une mobilité géographique incompatible avec leurs contraintes familiales. Les postes accessibles se concentrent souvent dans des secteurs pénibles physiquement, avec des horaires décalés et des contrats précaires.
Le nombre d’actifs sans emploi n’ayant pas de formation ou titulaires d’un CAP-BEP a grimpé respectivement de 7,3 % et 1,8 %. À l’inverse, ceux disposant d’un bac et plus ont vu leur nombre reculer : -5,9 % (bac), -6,8 % (bac +2) et -1,6 % (bac > +2).
L’emploi privé en léger recul sur dix ans
Fin 2024, 56 563 salariés travaillaient dans le secteur privé à Saint-Étienne, soit une perte de 949 emplois (-1,7 %) entre 2014 et 2024. Sur la même période, l’emploi a progressé de 15,1 % dans la région, avec la création de 324 534 postes.
L’emploi dans la capitale ligérienne est très majoritairement concentré sur les services (65,5 %, contre 55,5 % en région), loin devant le commerce (16,5 %) et l’industrie (12 %). Le commerce traverse une période particulièrement difficile, avec une baisse de 5,2 % des emplois sur un an.
Le nettoyage des locaux arrive en tête des emplois les plus recherchés par les demandeurs d’emploi dans la cité stéphanoise, reflétant la structure du marché du travail local.
Un effondrement des offres d’emploi : -25,8 % en un an
Entre 2020 et 2025, le nombre de recrutements a enregistré une évolution positive de 21,3 % à Saint-Étienne (+30 % en région). L’année 2025 est venue noircir le tableau avec une baisse de 1,5 % des recrutements sur un an. La construction (-17,2 %) et le commerce (-12,8 %) enregistrent les diminutions les plus conséquentes.
Les demandeurs d’emploi constatent au quotidien cette raréfaction des opportunités. Les candidatures se multiplient pour chaque poste proposé, avec parfois plusieurs dizaines de CV envoyés sans recevoir la moindre réponse. Certains actifs en recherche évoquent leur sentiment de dévalorisation face à ce processus épuisant, où la concurrence s’intensifie tandis que les exigences des employeurs augmentent.
Une analyse des types de contrat révèle une hausse des CDI (+4,2 %) fin décembre, tandis que les CDD régressent : -5,8 % (moins de 3 mois), -5,4 % (entre 3 et 6 mois) et -10,3 % (plus de 6 mois). La tendance est moins marquée à l’échelle régionale.
Les secteurs de la restauration rapide et traditionnelle ont le plus recruté sur un an avec près de 2 000 emplois cumulés. Toutefois, les offres d’emploi ont dégringolé à Saint-Étienne : 9 811 postes proposés, soit -25,8 % sur un an, contre -16 % au niveau national. Ces offres ciblent principalement les services (9 037), secteur qui enregistre aussi la plus forte diminution sur un an (-26,6 %).
Des salaires en hausse mais un taux de pauvreté inquiétant
Selon l’observatoire de l’économie établi par Épures, dans la zone d’emplois de Saint-Étienne, le salaire moyen par personne a bondi de 2,9 % entre le deuxième trimestre 2023 et celui de 2024, soit légèrement moins qu’au niveau national (+3,1 %), mais légèrement plus que le département (+2,7 %). Le salaire moyen atteint 2 690 euros, supérieur au niveau départemental (2 632 euros), mais inférieur au salaire moyen régional (2 898 euros) et national (3 016 euros).
Malgré cette progression salariale, le taux de pauvreté (fixé à moins de 859 euros par mois selon l’Insee) est passé de 21 % à 28 % dans la capitale ligérienne entre 2013 et 2021, selon les derniers chiffres de l’Insee. Ce taux s’avère bien plus élevé que le taux départemental (15,8 %), régional (13,3 %) et celui de la Métropole (20 %).
Pour de nombreux foyers stéphanois, cette réalité statistique se traduit par des arbitrages quotidiens difficiles : renoncer à certains soins médicaux, limiter les dépenses alimentaires, rogner sur le chauffage en hiver. Des familles modestes décrivent une précarité qui s’installe durablement, où le moindre imprévu financier devient une source d’angoisse majeure.
Une paupérisation confirmée par la baisse des ménages imposables
Signe de la paupérisation de la population stéphanoise, la part des ménages fiscaux imposés ne cesse de reculer : elle était de 49 % en 2013, 42 % en 2021 et 35,5 % en 2024 selon les données fiscales les plus récentes, contre 45 % au niveau national.
La ville recense 99 434 foyers fiscaux en 2024, dont 35 257 ont été imposés. Seul un peu plus d’un tiers des foyers fiscaux stéphanois paient effectivement l’impôt sur le revenu en 2024, témoignant d’une fragilité économique persistante d’une partie importante de la population.
Un dynamisme entrepreneurial encourageant
Une note positive se dégage néanmoins du côté de la création d’entreprises. Selon les chiffres du site Figaro emploi, 2 912 entreprises ont été immatriculées et 1 532 ont été radiées à Saint-Étienne en 2025, soit un solde positif de 1 380 sociétés.
Face aux difficultés du marché de l’emploi traditionnel, certains demandeurs d’emploi optent pour l’entrepreneuriat par nécessité. Micro-entreprises dans le service à la personne, reconversions dans l’artisanat, projets portés par des auto-entrepreneurs : ces initiatives traduisent une volonté de reprendre son destin professionnel en main, même si la viabilité économique de ces structures reste parfois incertaine.
C’est deux fois plus qu’il y a dix ans, où 1 303 sociétés avaient été créées en 2015. La ville préfecture comptait 33 922 entreprises fin 2025 contre 20 441 il y a dix ans, témoignant d’un dynamisme entrepreneurial réel qui pourrait, à terme, contribuer à inverser les tendances négatives observées sur le front de l’emploi.


