Ce mardi matin, Gilles Artigues s’est balladé rue Mercière entouré de sa femme Mireille et de trois de ses quatre enfants, une décompression avant une audience qui s’annonçait éprouvante. Durant toute la matinée, la famille réunie sur les bancs des parties civiles, épaule contre épaule, a dû réécouter les conversations dans lesquelles l’ex-premier adjoint se fait humilier, rabrouer et menacer par Gaël Perdriau et Pierre Gauttieri tout au long des années qu’a duré le kompromat.
L’après-midi, seul face à la présidente Margareth Stragier, Gilles Artigues a déroulé le fil de son calvaire pendant deux heures et demie, plus préparé qu’en première instance, avant de répondre aux questions des avocats qui n’ont pas non plus ménagé leurs efforts.
La honte comme prison
Le jour où il a découvert l’existence de la vidéo chez Samy Kéfi-Jérôme, il a voulu se jeter sous le tram en sortant. Il ne l’a jamais dit à personne. Son éducation catholique traditionnelle, son rapport à l’image, la peur que cela se sache : tout l’a condamné au silence. Cette honte a été sa prison pendant des années, entretenue par une épée de Damoclès permanente, des menaces répétées, une solitude absolue.
Pendant dix ans, il a continué à siéger au conseil municipal, à côté de ceux qui le tenaient. Pourquoi ? Parce que la politique était sa vie, et qu’il n’avait rien d’autre. Il a reconnu qu’il n’aurait jamais trouvé le courage de parler sans l’enquête de Mediapart.
Sa femme et ses enfants comme bouée de sauvetage
Ce qui touche le plus dans son témoignage, c’est ce qu’il dit de sa famille. Ses proches voyaient bien qu’il n’était plus le même, sentaient son malaise, sans pouvoir mettre de mots dessus. Quand tout a éclaté, sa femme n’a pas posé de questions sur ce qu’il était allé faire dans cette chambre d’hôtel. Elle lui a simplement dit qu’ils allaient se battre ensemble. Ses enfants aussi l’ont soutenu sans faille. C’est cette force-là qui lui a permis de tenir.
Le procès se poursuit jusqu’à vendredi à la cour d’appel de Lyon.


