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Les dernières tentatives de rapprochement se sont soldées par un constat d’impuissance. Fin août, une ultime rencontre bilatérale entre le Parti socialiste et La France insoumise n’a fait qu’confirmer l’impossible réconciliation. Jeudi soir, lors de la dernière instance consultative élargie organisée par le collectif Sainté Populaire, les acteurs ont officiellement enterré leurs ambitions d’unité.
Cette assemblée, qui rassemble habituellement les mouvements militants locaux avec les partis de gauche traditionnels, a tourné à la séance de constat d’échec. Valentine Mercier, figure de proue des Insoumis stéphanois aux côtés de Nicolas Preux, avait d’ailleurs prédit dès l’été que cette issue fatale était inéluctable.
Une ligne rouge infranchissable côté LFI
Le nœud du conflit réside dans le refus catégorique de La France insoumise d’accepter une candidature socialiste en tête de liste. Les Insoumis campent sur leurs positions : aucune union ne sera envisageable si elle place Régis Juanico, désigné par le PS et épaulé par Isabelle Dumestre, aux commandes.
Cette intransigeance contraste avec la stratégie socialiste qui mise sur la popularité supposée de son champion. Selon Isabelle Dumestre, un sondage interne favorable à Juanico justifie cette ambition, même si les résultats n’ont volontairement pas été divulgués pour éviter d’instrumentaliser les négociations.
Au-delà de la bataille des ego, des différences idéologiques profondes séparent les deux formations. Valentine Mercier pointe l’incompatibilité des projets de gouvernance : « Ils ne sont pas ouverts à la révocation populaire, au référendum », explique-t-elle à IF, soulignant des conceptions démocratiques irréconciliables.
Les socialistes, de leur côté, dénoncent l’application mécanique du programme national insoumis sans adaptation aux spécificités stéphanoises. Ils citent notamment l’exemple de la Zone à faibles émissions, moins problématique localement car elle ne concerne que les entreprises, ou encore la question du logement où l’habitat indigne prime sur la spéculation immobilière.
Le PS revendique sa légitimité sans hégémonie
Isabelle Dumestre défend la position socialiste en rejetant toute accusation d’accaparement : « Nous sommes toujours prêts à renoncer à la tête de liste si un partenaire nous démontre qu’une autre personne est plus fédératrice ». explique t’elle à IF. Elle rappelle d’ailleurs la proposition printanière d’organiser une primaire ouverte à toutes les formations.
Côté LFI, la désignation de la future tête de liste reste ouverte. L’assemblée municipale du 20 septembre décidera entre les deux figures historiques Nicolas Preux et Valentine Mercier, ou pourrait révéler un nouveau nom. Cette dernière assume cette indécision stratégique : « Chaque membre qui souhaite y aller peut le faire, c’est ouvert ». La même date verra les socialistes consulter leurs militants sur la situation, marquant une synchronisation dans les prises de décision malgré l’impossibilité de s’entendre.
Les partenaires restants face au dilemme
Cette rupture place les autres formations dans une position délicate. Le Parti communiste, Europe Écologie Les Verts et le collectif Sainté Populaire tentent de maintenir leur cohésion face à l’éclatement annoncé. Ils prévoient de rencontrer séparément les deux protagonistes avant de statuer sur leurs propres orientations.
Christelle Pfister, représentante communiste, maintient l’espoir d’un sursaut : « Nous y travaillerons jusqu’au bout ! La situation désastreuse de Saint-Étienne l’exige ». Elle rappelle l’aggravation de la pauvreté locale, passée de 21 à 28% sous l’ère Perdriau.
L’échec suscite une frustration particulière chez les partisans historiques de l’unité. Hedi Zennaf, porte-parole de Sainté Populaire, dénonce « une responsabilité politique et morale qui n’est pas au rendez-vous », critiquant l’attitude des deux formations principales.
Julie Tokhi, figure écologiste, exprime également sa déception tout en maintenant un espoir résiduel : « Nous ne serons pas tous ensemble au premier tour, c’est regrettable mais il faut continuer à tout faire pour aller dans le sens de l’union ».
Un paysage électoral fragmenté mais pas catastrophique
Cette division aboutira à un minimum de deux listes de gauche au premier tour, voire trois selon les alliances qui se dessineront avec le bloc PC-EELV-Sainté Populaire. Cette fragmentation, bien que préjudiciable, reste moins dramatique qu’elle n’y paraît.
Les règles municipales offrent plus de souplesse que les législatives : 10% des votants suffisent pour se qualifier au second tour, contre 12,5% des inscrits pour les députés. En 2020, les listes menées par le PS, EELV et LFI totalisaient 36,86% des voix, rendant théoriquement possible une qualification multiple.
Malgré les positions tranchées, l’histoire politique enseigne que les urgences électorales peuvent ressouder les alliances les plus improbables. Un accord de fusion reste envisageable entre les deux tours, quand les rapports de force seront clarifiés et que la nécessité tactique primera sur les querelles de personnes.
Le sondage IFOP commandé par le PS début 2025 illustre d’ailleurs l’enjeu : une gauche totalement unie obtiendrait plus de 39% au premier tour, contre des résultats éparpillés en cas de division. Ces chiffres pourraient bien servir d’argument décisif quand sonnera l’heure des choix définitifs.


