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Dans ses plans : transformer une portion du centre de loisirs de Bujarret en complexe moderne incluant formations sportives, espaces commerciaux et restauration. Mais voilà que les gardiens de la mémoire ouvrière sortent de leur silence, bien décidés à défendre un héritage social qu’ils jugent menacé.
Les vétérans du comité interentreprises de Creusot Loire & Co n’ont pas dit leur dernier mot. Surpris par l’ampleur des projets entrepreneuriaux, ils rappellent une vérité dérangeante : ces terres ne sont pas banales. Cédées en 2008 pour la modique somme d’un euro, elles sont assorties d’une clause contraignante qui engage la municipalité à préserver leur dimension sociale pendant trois décennies minimum.
André Moulin, figure du collectif nouvellement formé, ne mâche pas ses mots concernant les intentions réelles du projet. Pour lui, derrière les discours sur la formation et les loisirs se cache une logique purement commerciale. Michel Chataing, ancien responsable du CIE, partage cette méfiance et dénonce une approche élitiste qui trahit l’esprit originel du lieu.
Un héritage de presque cinquante années
L’histoire de Bujarret débute dans les années 1960, née de la volonité des entreprises locales d’offrir aux familles ouvrières un espace de détente et d’apprentissage. Pendant des décennies, ce havre a accueilli des milliers d’enfants, leur proposant découvertes sportives et moments de convivialité loin des contraintes urbaines. Un investissement humain et financier considérable qui explique l’attachement viscéral des anciens à ce patrimoine.
Au-delà de l’opposition au projet actuel, les membres du collectif redoutent un scénario plus large : que cette première concession ouvre la voie à d’autres cessions, jusqu’à la disparition complète de la vocation sociale du site. Leur crainte ? Voir l’ensemble des activités regroupées ailleurs avant une revente totale du terrain, pourtant acquis grâce à leurs cotisations et leur travail bénévole.
Un maire entre promesses et réalisme économique
Axel Dugua tente de rassurer en garantissant la préservation du centre de loisirs, même amputé de deux hectares. Mais ses déclarations sur les bénéfices financiers que représente cette opération pour la commune alimentent les suspicions des opposants, qui y voient la confirmation de motivations avant tout économiques.
Organisés sous la bannière du « Collectif pour la sauvegarde de la vocation sociale de l’ensemble du centre aéré de Bujarret », les anciens ont désormais une stratégie claire. Armés des documents officiels qui prouvent leurs droits, ils exigent d’être entendus avant les décisions définitives et comptent bien faire valoir ce qu’ils considèrent comme leur légitimité historique sur l’avenir du site.
L’affaire promet de faire du bruit dans les prochaines semaines, opposant vision entrepreneuriale moderne et défense d’un modèle social façonné par des générations d’ouvriers. Un débat qui dépasse largement les frontières de Saint-Chamond et questionne la place du patrimoine social dans les projets de développement urbain contemporains.


