A quand un retour à une vie normale dans la Loire ?

Le décon­fine­ment, ce moment qui doit sign­er le retour vers une vie à peu près nor­male dans le pays, fait l’ob­jet de plusieurs études et hypothès­es. Et si les scé­nar­ios sont var­iés, les dates envis­agées ne sont pas non plus les mêmes.

Alors que médecins et offi­ciels mul­ti­plient les appels à respecter le con­fine­ment, à l’aube d’un week-end pas­cal ral­longé et ensoleil­lé, le bilan de l’épidémie a, le ven­dre­di 10 avril, atteint plus de 12.000 morts en France.

Pour autant, des indi­ca­teurs mon­trent pour la pre­mière fois une baisse du nom­bre de patients en réan­i­ma­tion, prou­vant que le con­fine­ment fonctionne.

Com­mencé le 17 mars, et déjà pro­longé une fois, il se pour­suiv­ra au-delà du 15 avril, a déjà prévenu l’Elysée. Jusqu’à quand ? Per­son­ne ne le sait encore. Mais Emmanuel Macron devrait abor­der la ques­tion lors de son allo­cu­tion prévue lun­di soir. 

LE CONFINEMENT JUSQU’À LA FIN MAI ?

Comme cela a été le cas jusqu’à présent, le chef de l’E­tat pour­rait bien recon­duire le con­fine­ment d’une durée de quinze jours con­sé­cu­tifs, ce qui voudrait dire que le con­fine­ment devrait, en théorie, se finir à la fin du mois d’avril.

Or, à en croire le Canard enchaîné dans son édi­tion du 8 avril, il pour­rait dur­er jusqu’à la mi-mai, voir à la fin du mois de mai, avant de gliss­er sur un décon­fine­ment pro­gres­sif tout au long du mois de juin.

D’après le palmipède, le gou­verne­ment tra­vaillerait sur cette hypothèse. Un pos­tu­lat d’ailleurs ren­for­cé par le fait qu’en mai le cal­en­dri­er est loin d’être idéal.

Cette année, le mois de mai com­prend en effet pas moins de trois ponts : le ven­dre­di 1er mai pour la Fête du tra­vail, le ven­dre­di 8 mai pour l’Armistice 1945 et le jeu­di 21 mai pour la fête de l’Ascension.

Lever le con­fine­ment à la fin du mois d’avril, lequel aura duré env­i­ron dix semaines engen­dr­erait imman­quable­ment de grands mou­ve­ments de pop­u­la­tions désireuses d’en prof­iter et de se rassembler.

Une bien mau­vaise idée qui reviendrait en fait à faire repar­tir l’épidémie de plus belle. Edouard Philippe a d’ailleurs déjà prévenu. Dans tous les cas, le décon­fine­ment ne sera pas «général et absolu, en une fois, partout, et pour tout le monde», comme l’a indiqué le Pre­mier min­istre Edouard Philippe à l’Assemblée nationale, le 7 avril dernier.

LA CRAINTE D’UNE DEUXIÈME VAGUE

La rai­son ? La crainte d’une ou plusieurs vagues épidémiques. Revers de la médaille, en met­tant en place le con­fine­ment, les autorités ont mis toutes les chances de leur côté pour frein­er de façon dras­tique l’épidémie, mais, dans le même temps, elles ont aus­si retardé le moment où suff­isam­ment de Français pour­ront être immu­nisés pour stop­per défini­tive­ment la prop­a­ga­tion du coronavirus.

Car, en effet, et faute de dis­pos­er d’un vac­cin, il faudrait attein­dre une «immu­nité de groupe» pour endiguer l’épidémie. Or, celle-ci ne peut être acquise que par un con­tact suff­isam­ment grand avec le SARS-­CoV-­2, le virus respon­s­able du Covid­-19, tout en veil­lant à pro­téger les plus fragiles.

Pour l’atteindre, les épidémi­ol­o­gistes esti­ment ain­si qu’environ 60 % de la pop­u­la­tion devrait avoir été infec­tée. Or, selon les éval­u­a­tions des épidémi­ol­o­gistes de l’Imperial Col­lege de Lon­dres, repris­es par le min­istre français de la san­té, Olivi­er Véran, seule­ment 3 % de la pop­u­la­tion française serait aujourd’hui immunisée.

Une immu­nité col­lec­tive insuff­isante expose donc de fait à une ou plusieurs vagues épidémiques suiv­antes prêtes à tuer et met­tre à mal les capac­ités du sys­tème de santé.

Dans ces con­di­tions, il appa­raît impératif de main­tenir, même à la fin du con­fine­ment, des mesures fortes seules à même d’éviter des répliques en atten­dant d’obtenir une immu­nité suff­isam­ment dévelop­pée, et, mieux, un vac­cin à même de l’ac­célér­er et des traite­ments pour mieux soign­er les malades. 

Et c’est pourquoi, avant de pou­voir réelle­ment revenir à une vie nor­male, au moins trois scé­nar­ios de sor­tie de crise sont sur la table.

Dès que la barre des 100 admis­sions par semaine est franchie, les mesures de dis­tan­ci­a­tions sociales doivent être réactivées

Comme l’ex­pli­quait Le Monde dans son édi­tion datée du mer­cre­di 8 avril, l’un des scé­nar­ios les plus sim­ples, du moins en théorie, con­sis­terait à altern­er des péri­odes de «dis­tan­ci­a­tions sociales» et des péri­odes de retour à la vie normale.

C’est cette stratégie que les épidémi­ol­o­giste appel­lent le «stop and go». Dans une étude pub­liée le 16 mars dernier, l’équipe de l’épidémiologiste bri­tan­nique Neil Fer­gu­son sug­gère pour ce faire de se baser sur le nom­bre d’admissions en réan­i­ma­tion : dès que la barre des 100 admis­sions par semaine est franchie, les mesures de dis­tan­ci­a­tions sociales doivent être réactivées.

A l’in­verse, lorsque l’on retombe sous la barre des 50 admis­sions, elles peu­vent être lev­ées. Mais pour que ce scé­nario soit réelle­ment effi­cace, les sci­en­tifiques esti­ment que le con­fine­ment doit être en place au moins les deux-­tiers du temps… et jusqu’à ce qu’un vac­cin soit disponible.

La stratégie du «stop and go»

Une durée loin d’aller de pair avec les impérat­ifs économiques, et qui sup­pose aus­si de pou­voir mesur­er en temps réel et de façon très pré­cise les capac­ités hospitalières.

La stratégie du «stop and go» implique aus­si une épidémie «homogène» sur le ter­ri­toire, alors qu’en réal­ité sub­sis­tent sou­vent des dis­par­ités régionales avec des épidémies locales, elles mêmes évolu­ant à dif­férents stades.

De même, les grands mou­ve­ments de pop­u­la­tion, comme lors des ponts de mai précédem­ment évo­qués ou pen­dant les vacances d’été par exem­ple, pour­raient égale­ment remet­tre ce mod­èle en cause en favorisant une reprise de l’épidémie.

Pour pal­li­er ces dif­fi­cultés, d’autres mod­èles pro­posent donc plutôt un décon­fine­ment sur la base de l’âge.

Par­tant du principe que le coro­n­avirus a ten­dance à davan­tage tuer les per­son­nes âgées, l’idée serait donc de les pro­téger le plus longtemps pos­si­ble en les lais­sant con­finées, lorsque les moins âgés pour­raient, eux, ressor­tir de chez eux.

Suiv­ant les analy­ses menées, une lev­ée de con­fine­ment en deux étapes, d’abord pour les moins de 65 ans, puis, trois mois plus tard, pour les plus de 65 ans, causerait env­i­ron dix fois moins de décès qu’une lev­ée général­isée du confinement.

Un con­trôle de l’épidémie strict

D’autres recherch­es sug­gèrent encore de main­tenir un con­trôle de l’épidémie strict pour les per­son­nes de plus de 50 ans ce qui aurait, là aus­si, pour effet de lim­iter le nom­bre de décès.

Dernier scé­nario qui se détache, celui d’une quar­an­taine au cas par cas. Con­crète­ment, l’idée serait ici qu’une fois qu’un malade est iden­ti­fié, de repér­er et d’isol­er les per­son­nes ayant été en con­tact avec lui au cours des quinze derniers jours.

Il faudrait, pour cela, s’ap­puy­er sur des out­ils numériques et dès qu’une per­son­ne est dépistée pos­i­tive au SARS-CoV­‑2, on puisse, grâce à son smart­phone, remon­ter toute la chaîne de contamination.

L’ appli­ca­tion télé­phonique de track­ing, une bonne solution ?

Un scé­nario qui, en France, revient de façon récur­rente avec l’idée de met­tre en place une appli­ca­tion télé­phonique de track­ing dédiée et qui pour­rait s’ap­pel­er «Stop­Covid».

Sur ce sujet, le secré­taire d’E­tat au Numérique, Cédric O, a assuré que l’ap­pli­ca­tion s’in­scrirait dans une démarche volon­taire et, surtout, dans une stratégie bien plus large de déconfinement.

Cet out­il de track­ing existe quoi qu’il en soit déjà à l’é­tranger, à des degrés divers, notam­ment en Corée du Sud, en Chine ou à Sin­gapour. Des Etats qui tous lui attribuent leur suc­cès dans la maîtrise de l’épidémie.

Enfin, les par­ti­sans du track­ing met­tent en avant une étude de l’université d’Ox­ford parue dans Sci­ence le 31 mars dernier dans laque­lle il était démon­tré que, sous réserve d’une forte par­tic­i­pa­tion de la pop­u­la­tion, le track­ing pou­vait faire baiss­er le nom­bre de con­t­a­m­i­na­tions et entraîn­er le déclin de l’épidémie.

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