La réunion publique a rassemblé environ une centaine d’habitants. Élue en mars, la maire de Parigny y a dressé un constat sans fard : la commune dépense plus qu’elle ne peut se le permettre. Le principal indicateur est la capacité d’autofinancement (CAF) nette, qui mesure l’aptitude d’une collectivité à dégager de l’épargne pour investir. Elle s’établit à -43 183 euros en 2025. Parigny affichait déjà un solde négatif en 2021, 2022 et 2024.
Entre 2021 et 2025, les charges de fonctionnement ont progressé de 29,4 %, soit plus vite que les recettes (+28,7 %). Les dépenses de personnel ont bondi de 36,5 % sous le précédent mandat. Les comparaisons avec des communes de taille équivalente sont éloquentes :
- Charges de fonctionnement : 732 € par habitant, contre 594 € en moyenne.
- Dette : 754 € par habitant, contre 593 €.
- Investissement : 34 € par habitant en 2025, contre 430 € en moyenne.
Autrement dit, la commune est plus endettée que ses voisines et n’investit presque plus. La maire en tire une conclusion nette : le redressement des comptes est la priorité absolue. À défaut, la commune s’exposerait à une mise sous tutelle, voire à un rapprochement avec une autre collectivité. Elle s’est toutefois abstenue de charger l’équipe sortante.
Parigny figurait depuis 2024 dans le réseau d’alerte de la Direction générale des finances publiques (DGFIP), dispositif qui repère les collectivités en difficulté. Le sujet a été abordé en réunion, mais sans mention de la sortie du dispositif. Interrogée ensuite, la mairie a précisé avoir reçu un courrier en juin confirmant cette sortie, intervenue cette année.
Réduction du personnel : la première variable d’ajustement
Pour redresser la barre, la municipalité a d’abord repris l’ensemble des contrats en cours afin de les renégocier. Elle a ensuite réduit de 10 % le temps de travail des agents, la seule marge de manœuvre que la loi lui laisse sur ce point. Plusieurs salariés ont choisi de partir.
La réorganisation ira plus loin : un seul des deux postes de cantonnier et un seul des deux postes de secrétaire seront conservés. Les élus mettent la main à la pâte, assurant les remplacements en cas d’absence et de petites réparations sur le patrimoine communal. Pour le secrétariat de mairie, le recours à un intérimaire reste possible en attendant un recrutement. La garderie scolaire, dont le passage à un service payant avait été étudié, restera finalement gratuite.
Taxe foncière : trois scénarios sur la table
Les économies ne suffiront pas. La municipalité examine donc un second levier, la fiscalité locale. Elle avertit que sans hausse, la commune ne pourra rien entreprendre pendant cinq ans. Les routes, notamment, réclament des travaux d’entretien après trois années sans investissement.
Trois options sont à l’étude pour la taxe foncière :
- maintenir le taux actuel ;
- le relever de 5 %, ce qui rapporterait 17 808 € de recettes supplémentaires ;
- le relever de 10 %, pour un gain de 34 616 €.
Même avec la hausse la plus forte, Parigny resterait sous les niveaux d’imposition des communes de même taille, assure la maire. Aucune décision n’est arrêtée. Un sondage auprès de la population est envisagé.
Les habitants : prêts à payer, mais pas sans contrepartie
La soirée a aussi permis de sonder les administrés. Certains se disent prêts à contribuer davantage, à condition d’obtenir plus de services publics. Une habitante a ainsi relevé que le village n’est pas desservi par le réseau de transport de l’agglomération roannaise, la Star. D’autres rappellent avoir choisi Parigny pour son calme et une taxe foncière raisonnable.
Plusieurs interrogations ont porté sur les priorités d’investissement, comme la vidéosurveillance, jugée moins urgente que la sécurité routière. Des ralentisseurs ont été suggérés pour le haut du bourg, où la circulation inquiète. La maire a répondu qu’un projet de feux tricolores intelligents était à l’étude.
La relation avec Roannais agglomération a également alimenté le débat : que rapporte l’intercommunalité à une commune de cette taille ? La maire juge le bilan positif. Elle dit discuter avec l’exécutif intercommunal pour que la solidarité joue en faveur des communes financièrement étranglées.
Gestion passée : le débat reste vif
Interpellée sur une éventuelle mauvaise gestion, la maire a nuancé : il y a eu, selon elle, des choix, et ces choix ont eu des conséquences. Elle a rappelé que le bourg, entièrement refait par l’ancienne équipe, plaît à ceux qui le traversent.
L’ancien maire, absent de la réunion et démissionnaire du conseil depuis les élections, reconnaît des finances tendues. Il l’explique par le réaménagement du bourg et du stade de football, deux chantiers qu’il jugeait nécessaires, et par la baisse des aides publiques. Selon lui, l’équipe sortante voulait aussi préserver le niveau d’imposition. Il justifie les deux postes de secrétaire par la charge administrative de la zone commerciale et économique, dont les entreprises bénéficient à l’agglomération sans retombées pour la commune. Il estime enfin que l’entretien de la rue de l’Étang devrait relever de l’intercommunalité. La nouvelle maire dit avoir demandé son classement en voirie communautaire et affirme qu’aucune demande écrite n’avait été déposée auparavant. L’ancien élu juge que ses relations difficiles avec la présidence de l’agglomération l’ont pénalisé, et pense que la situation évoluera, la nouvelle maire étant première vice-présidente de l’agglomération.
Ambierle : pas de nouveau projet avant 2029-2030
À quelques kilomètres, la nouvelle municipalité d’Ambierle fait face à une équation comparable. Son constat tient en une phrase : aucune marge de manœuvre avant 2030. Le niveau d’endettement, lié à la construction de l’école, interdit tout nouvel investissement avant 2029 ou 2030.
Conséquence directe : le réaménagement de la place Lancelot, que l’équipe élue espérait lancer durant le mandat, devra attendre. Le maire dit avoir trouvé des comptes plus serrés que prévu.
Une école à 2,6 millions d’euros
Ambierle doit d’abord absorber les grands chantiers du mandat précédent :
- le réaménagement de la place des Martyrs-de-Vingré, pour 531 000 €, subventionné à 70 % ;
- la construction de la nouvelle école, pour 2,614 millions d’euros.
L’ancienne équipe comptait sur un soutien massif de la Région, auprès de laquelle elle avait sollicité 1 million d’euros. Elle ne l’a pas obtenu : le Conseil régional venait de contribuer au financement de la place des Martyrs-de-Vingré.
Du côté régional, la conseillère en charge du secteur explique avoir fléché 100 000 € pour la place, un montant conforme à la moyenne habituelle. Elle avait ensuite proposé de reporter cette aide sur l’école en la portant à 200 000 €. Un million était hors de portée, rappelle-t-elle, son enveloppe « contrat Région » s’élevant à 5 millions pour une quarantaine de communes.
Un emprunt de 1,2 million sur 40 ans
Faute de subvention suffisante, la commune a contracté un emprunt de 1,2 million d’euros sur 40 ans, qui représente une annuité de 48 000 €. Un second prêt, plus court, couvre l’avance de TVA avant son remboursement par l’État.
La Région a depuis rencontré la nouvelle équipe et promis un appui compris entre 200 000 et 250 000 €. Cette somme permettrait à Ambierle de rembourser par anticipation un emprunt ou de reconstituer un peu de trésorerie.
La vente de la forêt communale, envisagée puis abandonnée par l’ancienne municipalité, n’est pas à l’ordre du jour. L’actuel maire y voit un patrimoine auquel la commune tient beaucoup.
L’ancien maire assume pour sa part ses choix : l’ancienne école comportait des poutres abîmées, et l’on n’avait pas d’alternative. Il rappelle avoir espéré la subvention régionale, juge qu’il revient à la nouvelle équipe de la défendre et se félicite d’avoir livré une école pensée pour le changement climatique.
Les vitraux de l’église : un chantier de 1,1 million d’euros
Un dernier chantier est venu s’ajouter pour ne pas perdre les aides promises par la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) et la Région : la rénovation des vitraux de l’église, estimée à 1,1 million d’euros et financée à 70 %. Deux tranches sont lancées. Une troisième devra suivre aussitôt, afin d’éviter de démonter l’échafaudage.
Pas de hausse d’impôts cette année
La municipalité d’Ambierle écarte toute augmentation d’impôts en 2026. Elle prévient toutefois qu’elle examinera chaque demande avec prudence dans les années à venir, y compris celles des associations. Les élus ont eux-mêmes donné l’exemple en réduisant leurs indemnités de 12 %.
Pourquoi les finances de Parigny sont-elles tendues ?
Sa CAF nette est négative (-43 183 € en 2025), ses charges de fonctionnement ont augmenté plus vite que ses recettes depuis 2021 et sa dette par habitant dépasse la moyenne des communes comparables.
Les impôts vont-ils augmenter à Parigny ?
Pas de décision à ce stade : maintien du taux, hausse de 5 % ou de 10 % de la taxe foncière sont à l’étude.
Pourquoi Ambierle ne peut-elle plus investir avant 2030 ?
Le coût de la nouvelle école (2,614 M€), de la place des Martyrs-de-Vingré et des vitraux de l’église pèse sur son budget, avec un emprunt de 1,2 M€ sur 40 ans.

