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Un chiffre alarmant : 44,6% de ménages vulnérables
Le constat est sans appel. Dans la communauté de communes des Vals d’Aix et Isable, 44,6% des ménages sont en situation de vulnérabilité énergétique pour le logement, contre seulement 17,6% à l’échelle régionale. Un territoire qui se distingue ainsi comme le plus précaire du département de la Loire sur le plan énergétique.
Concrètement, cela signifie que leurs dépenses énergétiques conventionnelles liées à l’habitat représentent au moins 9,2% de leur revenu disponible, selon une étude publiée en novembre 2025. « Plusieurs facteurs déterminent la vulnérabilité énergétique : la qualité générale du logement, sa localisation (le climat notamment) et le niveau de vie du ménage qui y réside », précise le document.
Un bâti ancien qui explique en partie la situation
Les douze communes des Vals d’Aix et Isable étant situées entre 400 et 550 mètres d’altitude, le facteur climatique n’explique pas tout. « C’est un territoire rural avec beaucoup d’anciennes maisons et de fermes en pisé ou en pierre », avance Anna Fortunier, chargée de mission du Plan climat air énergie territorial de la communauté de communes.
Les chiffres confirment cet état de fait : les trois quarts des résidences principales en 2022 avaient été construites avant 1990, dont 29,7% avant 1919 (contre 12,2% au niveau départemental). La moitié de ces résidences comportent également cinq pièces ou plus. Or, plus la surface du logement est importante, plus il est difficile de le chauffer entièrement.
Des revenus modestes qui compliquent la donne
La question des revenus s’avère centrale : 58,9% des ménages ne sont pas imposables. « Beaucoup de foyers sont modestes. Le chauffage représente 70% des dépenses énergétiques des ménages dans la communauté de communes », souligne Anna Fortunier, recrutée en août dernier pour « agir sur les déperditions énergétiques » sur le territoire.
« On est à la traîne au niveau des bâtiments mais les gens font des efforts de rénovation », relativise Corinne Gayte, directrice de la communauté de communes.
Les contraintes des Architectes des Bâtiments de France
Autre difficulté : certains centres-bourgs sont soumis aux réglementations des Architectes des Bâtiments de France (ABF). C’est le cas à Saint-Germain-Laval, Grézolles, Pommiers-en-Forez ou encore Saint-Polgues. « Cela peut poser des problèmes lors de la rénovation des logements », estime Anna Fortunier.
Corinne Gayte confirme : « Par exemple, sur la maison à colombage de Saint-Germain-Laval, un vitrage simple a été imposé. » Une contrainte patrimoniale qui peut aller à l’encontre de l’efficacité énergétique.
Des permanences pour accompagner les habitants
Si elle ne peut proposer d’aide financière directe, la communauté de communes a signé un pacte territorial avec l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Dans ce cadre, une permanence de Rénov’actions 42 a été mise en place à la Maison France Service.
Ce dispositif public, instauré par les collectivités ligériennes, vise à aider les ménages à effectuer des travaux de rénovation. Depuis 2017, 1 120 personnes ont été reçues et 120 actions ont pu être menées sur le territoire.
La collectivité a également relancé un programme de communication. « Nous allons promouvoir Rénov’actions 42 auprès des nouveaux élus et des secrétaires de mairie qui sont souvent les premiers interlocuteurs des habitants. On travaille aussi avec l’Agence locale de l’énergie et du climat pour éviter les arnaques », précise la directrice.
Des bâtiments publics rénovés pour montrer l’exemple
La communauté de communes « montre l’exemple en rénovant des bâtiments ». Le gymnase de Saint-Germain-Laval est ainsi en travaux avec l’installation de panneaux solaires photovoltaïques et d’un mode de chauffage en géothermie, remplaçant le fioul et l’électricité.
Une étude de faisabilité vient également d’être lancée pour un quatrième réseau de chaleur à Saint-Germain-Laval. Il pourrait relier la maison à colombage, la maison Boissieu (de style Renaissance, bâtie au XVIe siècle) ainsi que les bâtiments abritant la communauté de communes et la mairie.
Un permis de louer pour chasser les « marchands de sommeil »
La précarité énergétique mobilise aussi les communes. Dans le cadre du programme Petites villes de demain, la municipalité de Saint-Germain-Laval a adopté le permis de louer le 11 septembre 2025.
« Il intervient dès qu’un propriétaire veut louer un bien, essentiellement en centre-bourg. Sont exclues les locations des bailleurs sociaux et les Airbnb », précise Jean-Claude Raymond, le maire. Les vérifications sont réalisées par la police municipale intercommunale.
« L’objectif est de chasser les vendeurs de sommeil. On va vérifier que le logement est décent, sans moisissures, avec l’électricité et le chauffage aux normes », développe Thierry Huet au Progrès, agent de surveillance de la voie publique en charge des permis de louer à Boën-sur-Lignon et Saint-Germain-Laval.
Seize dossiers ont été traités depuis septembre. Tous ont reçu un avis favorable, mais deux sous conditions de travaux. Le permis de louer est valable deux ans ou doit être renouvelé avant chaque installation d’un nouveau locataire.
Entre accompagnement des ménages, rénovation des bâtiments publics et contrôle de la qualité des logements loués, la communauté de communes des Vals d’Aix et Isable multiplie les initiatives pour sortir de ce triste record départemental. Un combat de longue haleine face à un bâti ancien et des revenus modestes.


