Sur un point au moins, tout le monde s’accorde : l’aéroport de Saint-Étienne Loire coûte trop cher aux collectivités. Le Syndicat mixte de l’aéroport de Saint-Étienne Loire (Smasel) regroupe le Département de la Loire (43 %), Saint-Étienne Métropole (30 %), la CCI (15 %), Loire-Forez Agglomération (7 %) et la Communauté de communes Forez-Est (5 %). Chacun de ces acteurs affiche désormais la même volonté : réduire sa contribution. La question n’est plus de savoir si l’aéroport doit coûter moins — mais comment, et jusqu’où.
Le Département veut sortir, ForezAgir pousse dans le dos
Le Département est le premier à avoir franchi le pas. Au printemps 2025, il a acté une baisse de 15 % de sa contribution, ramenée à 527 420 euros. Une décision qui aurait dû mécaniquement entraîner une baisse équivalente de l’ensemble des membres du Smasel les statuts liant toutes les contributions entre elles. Les autres collectivités ont choisi de maintenir leurs apports, plaçant la gouvernance hors des clous de ses propres règles. Le Département affiche par ailleurs sa disponibilité à céder ses parts si un repreneur se manifeste.
Dans ce contexte, l’association ForezAgir a saisi l’opportunité pour remettre en cause la légalité même de ce financement. Appuyée par le cabinet juridique Arego, elle s’appuie sur la loi NOTRe de 2015, qui réserve à la Région le droit d’octroyer des aides économiques aux entreprises. Certaines dépenses engagées par le Département, baisse de redevances à la compagnie ASL Airlines, frais de communication, travaux de viabilisation seraient selon elle des aides économiques déguisées. Un second recours a également été déposé pour contester la subvention 2026, identique à celle de 2025.
8 221 voyageurs en 2025 : le contrat n’est pas rempli
Les chiffres de fréquentation peinent à plaider en faveur de l’équipement. Avec seulement 8 221 voyageurs en 2025, l’aéroport reste loin d’un modèle viable. Pour les opposants au financement public, la structure sert davantage à envoyer les Ligériens dépenser leur argent ailleurs qu’à attirer des touristes sur le territoire ce qui fragilise l’argument touristique parfois avancé pour justifier l’intervention du Département, dont c’est pourtant une compétence. Une circulaire interministérielle de 2019 précise qu’un Département ne peut financer une liaison aérienne que si elle présente un caractère touristique indiscutablement prépondérant. Un seuil difficile à atteindre avec de tels volumes.
Métropole : un désengagement progressif affiché
La nouvelle gouvernance de Saint-Étienne Métropole apporte une variable supplémentaire à l’équation. Régis Juanico, qui s’était jadis opposé au financement de l’aéroport depuis les rangs du Département, endosse désormais une posture plus nuancée depuis qu’il préside la Métropole. Son objectif affiché reste un désengagement progressif et une sortie à terme, l’aéroport devant à terme s’autofinancer sans subventions publiques métropolitaines ou départementales. La Métropole se donne un an pour évaluer la situation et explorer des pistes de réduction de sa contribution. Les statuts du Smasel devraient par ailleurs être prochainement révisés pour que les baisses de subventions ne soient plus mécaniquement solidaires entre membres.
Des arguments sanitaires qui pèsent dans la balance
Face aux partisans d’une fermeture pure et simple de l’activité commerciale, les défenseurs de l’aéroport font valoir des arguments qui dépassent la seule rentabilité économique. L’équipement joue un rôle dans les transferts d’organes, activité médicale d’urgence par nature. Il constitue également l’un des 22 pélicandromes du pays, des bases pour les avions bombardiers d’eau — dans une région où certaines zones, comme les Gorges de la Loire, restent quasiment inaccessibles par voie terrestre en cas d’incendie. Ces fonctions sanitaires et sécuritaires pourraient justifier le maintien d’une activité minimale, même si les opposants estiment qu’elles étaient autrefois assurées par les aéroports de Bron et du Puy-en-Velay.
Dernière chance ou dernier appel ?
La direction de l’aéroport et la présidence du Smasel travaillent à attirer de nouvelles compagnies et à ouvrir des liaisons supplémentaires, notamment vers Béjaïa. Le Département négocie également avec la Région pour qu’elle intègre le financement, comme elle le fait pour l’aéroport du Puy-en-Velay. Onze salariés seulement font tourner l’équipement, un effectif réduit salué par les acteurs institutionnels. Mais sans nouvelles de son premier recours au tribunal administratif, ForezAgir espère un jugement d’ici la fin de l’année prochaine. Une échéance qui pourrait bien dessiner la trajectoire définitive d’un aéroport entré, depuis longtemps déjà, dans une zone de fortes turbulences.


