Une décision qui marque peut-être une première nationale avec l’application de la nouvelle loi sur l’homicide routier, créée il y a tout juste une semaine.
El Hadji Soukouna, 26 ans, a été condamné mercredi 16 juillet à sept ans et demi de prison ferme pour avoir causé la mort de Quentin Gobet. Le tribunal de Niort a également révoqué six mois de sursis probatoire d’une précédente condamnation, portant la peine totale à huit ans ferme.
Cette condamnation s’accompagne de l’annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser pendant huit ans. Le maintien en détention a été ordonné, confirmant l’incarcération du prévenu depuis son interpellation en septembre dernier.
Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet en requalifiant les faits en homicide routier et blessures routières, selon la nouvelle législation promulguée le 9 juillet 2025. Cette loi, adoptée après l’action du père d’Antoine Alléno, vise à donner aux mots leur juste sens.
Selon l’avocat de la famille Gobet, cette décision constituerait peut-être une première nationale depuis la création de ce nouveau délit. Cette requalification reconnaît le caractère volontaire des actes ayant conduit au décès, même si celui-ci n’était pas voulu.
Un drame qui a brisé des vies
Le 13 septembre 2024, Quentin Gobet, 27 ans, et sa compagne attendaient au feu rouge dans une rue de Niort lorsqu’ils ont été percutés par la BMW d’El Hadji Soukouna. L’expertise a établi que ce dernier roulait à plus de 110 km/h dans une zone limitée à 50 km/h.
Le jeune rugbyman, très grièvement blessé, s’est effondré sur les genoux de sa fiancée et a succombé à ses blessures en arrivant à l’hôpital. L’accident a également fait quatre blessés, dont un enfant de trois ans et demi.
Plutôt que de porter secours aux victimes, El Hadji Soukouna a pris la fuite à pied. Il ne s’est rendu que quelques heures plus tard en téléphonant à la police, qui l’a trouvé ivre chez sa belle-mère avec 1,42 g d’alcool dans le sang.
Le prévenu a affirmé s’être alcoolisé après l’accident, empêchant ainsi la qualification de conduite en état d’ivresse. Il avait même publié sur les réseaux sociaux, moins d’une heure après le drame, la photo d’une bouteille d’alcool ornée d’un cœur.
Malgré son jeune âge, El Hadji Soukouna présentait un casier judiciaire déjà lourd. Condamné à plusieurs reprises pour conduite sans permis, conduite sous stupéfiants, trafic de drogue, il avait été incarcéré en 2021 pour extorsion et violation de domicile.
Depuis son incarcération pour cet homicide routier, il a encore été condamné à quatre mois de prison pour recel de téléphone dans sa cellule, illustrant son incapacité à tirer les leçons de ses erreurs.
Une défense peu convaincante
Devant le tribunal, l’accusé a invoqué la théorie du trou noir, prétendant avoir perdu momentanément sa vigilance avant de reprendre conscience juste avant l’impact. Cette version a suscité le scepticisme des magistrats et des avocats.
Ses déclarations contradictoires – affirmant ne pas boire habituellement alors qu’il était ivre, prétendant craindre la vitesse alors qu’il roulait à 110 km/h – ont renforcé l’impression d’un homme peu sincère dans ses explications.
Les parents de Quentin Gobet ont livré des témoignages poignants devant le tribunal. Christine Gobet a lancé : « Une mère ne devrait pas avoir à enterrer son fils. Vous avez tué son avenir et le nôtre. »
Philippe Gobet a dénoncé la « lâcheté » du prévenu, refusant ses excuses : « Vous avez laissé mon fils mourir. Ce n’est pas un comportement d’homme. » Il a souligné que leur douleur était perpétuelle alors qu’ils n’avaient commis aucun acte pour la mériter.
De nombreux coéquipiers de Quentin Gobet, tant de son club actuel de Niort que de ses anciens clubs, ont fait le déplacement pour soutenir la famille. L’équipe de Niort a d’ailleurs obtenu l’accession au niveau national en fin de saison, comme un hommage à leur ami disparu.
Gaël Gobet, frère aîné et nouveau coach de l’ASR XV, n’avait pas pu se déplacer mais avait remis une lettre déchirante lue par ses parents devant l’assistance.
Une famille partiellement soulagée
Philippe Gobet s’est dit déçu de la peine prononcée, tout en reconnaissant qu’elle se situe dans la fourchette haute habituelle. « Je savais que je serais déçu, car la peine ne pouvait pas être à la hauteur par rapport à l’acte commis », a-t-il confié.
Il s’est néanmoins félicité de la requalification en homicide routier : « On affirme qu’il a commis l’acte volontairement, alors que j’avais l’impression qu’on l’excusait avec l’homicide involontaire. »
La famille reste attentive à un éventuel appel du condamné, qui constituerait une épreuve supplémentaire. L’audience sur les dommages et intérêts est prévue le 9 janvier 2026.


