Photo DR
Depuis son domicile de Saint-Romain-la-Motte, Didier Arthaud a suivi les débats concernant les neuf membres des forces de l’ordre filmés en train de frapper des manifestants, dont son fils, à l’intérieur d’un restaurant Burger King parisien. Impossible pour lui de se déplacer dans la capitale, mais il est resté connecté à chaque instant de cette semaine décisive.
« C’était douloureux pour Natan. Il a eu beaucoup de courage. Mais il était bien accompagné par son avocat, sa future épouse, sa famille », relate le père dans les lignes du Progrès, reconnaissant envers l’entourage qui a soutenu son fils durant cette épreuve.
des policiers sans uniforme, un symbole fort
Un détail a particulièrement marqué Didier Arthaud : l’obligation faite aux prévenus de retirer leur tenue professionnelle le premier jour. « C’est un tribunal civil, ce n’était pas le lieu pour être en tenue professionnelle. C’était le premier élément positif », souligne-t-il, y voyant un symbole d’équité dans le traitement de l’affaire.
Mardi, Natan a pu s’exprimer devant la dixième chambre correctionnelle. Préparé par son conseil, le jeune homme n’a pu contenir son émotion. « Il avait été prévenu qu’il n’aurait jamais d’excuses des CRS. Ça aurait dû venir d’en haut, du commandement, du président de la République », déplore son père au Progrès.
un témoignage éprouvant mais libérateur
Paradoxalement, Natan a été touché par les regrets exprimés par l’un des forces de l’ordre présents ce soir-là. « Il a même été ému par le témoignage d’un CRS qui a dit regretter ce qu’il s’était passé dans ce Burger King », rapporte Didier, ajoutant que les déclarations des autres policiers ont néanmoins été « pénibles » à entendre.
Le père insiste sur la nature véritable de ce procès : « C’était celui des neuf CRS du Burger King, pas celui de Natan. » Il rappelle que son fils manifestait pacifiquement, sans équipement de protection, « ni casque, ni protections contre les gaz lacrymogènes ». Les conséquences psychologiques persistent : « Il a peur de l’uniforme. Aujourd’hui, il s’est réfugié dans une vie paisible et ça lui convient très bien. »
des réquisitions jugées minimales
Le parquet a requis des peines comprises entre six et vingt mois de prison avec sursis à l’encontre des prévenus. Pour Didier Arthaud, ces sanctions représentent « le minimum syndical » et risquent d’être encore réduites lors du délibéré. « Natan recevra peut-être des dommages pour les coups reçus », espère-t-il.
Au-delà des sanctions éventuelles, le père valorise surtout la dimension cathartique de ces audiences : « Ce procès, c’est surtout le moment où il a pu s’exprimer. Le président, la procureure ont été à l’écoute. La justice a bien fait son travail. Ces trois jours, c’était le bon moment pour dire ce qu’il avait à exprimer. C’était expiatoire au niveau de ses souffrances. »
l’attente du verdict fixé au 17 mars
Sept années se sont écoulées depuis les faits. Il faudra patienter jusqu’au 17 mars pour connaître la décision du tribunal. Natan sera présent pour l’annonce du jugement, entouré de ses proches.
« Nous ne sommes pas dans une attente impatiente de ce jour. J’aimerais bien qu’il n’y ait pas d’appel, que le 17 mars soit synonyme de décision finale à l’encontre des CRS », confie Didier Arthaud, espérant clore définitivement ce chapitre traumatisant de la vie de son fils.


