Le chiffre a de quoi surprendre. En sillonnant les rues du cœur de ville à la fin du mois de janvier, les agents de la Communauté de communes Forez-Est ont dénombré pas moins de 110 poubelles abandonnées sur les trottoirs, bien au-delà des jours de collecte. Une photographie sans appel de mauvaises habitudes solidement ancrées.
Georges Rochette, vice-président en charge de la gestion des déchets, a choisi la voie du rappel réglementaire : début février, les contrevenants identifiés ont reçu un courrier leur précisant leurs obligations. Les bacs doivent regagner l’espace privé au plus tard à 20 heures le jour même de la collecte. Tout bac laissé au-delà de ce délai expose son propriétaire à une amende pouvant atteindre 150 euros, en application du Code pénal.
Une exaspération qui monte dans la ville
Cette offensive administrative fait écho à un mécontentement qui couvait depuis un moment chez les habitants. Sur les réseaux sociaux, les témoignages se multiplient : on dénonce des trottoirs devenus des couloirs d’obstacles, dangereux pour les personnes âgées, les poussettes ou les personnes à mobilité réduite. Le sentiment général est celui d’un espace public dégradé, d’une ville qui se laisse aller.
Le retour de terrain confirme toutefois que la prise de conscience peut être rapide. Sandrine Dufour, référente de ce dossier à la CC Forez-Est, note que de nombreux administrés ont pris contact après réception du courrier, reconnaissant volontiers avoir glissé dans une routine dont ils n’avaient pas pleinement mesuré les conséquences. Une réaction encourageante — mais la patience des services a ses limites. Une nouvelle série de contrôles est déjà programmée, et cette fois, les bacs récidivistes seront purement et simplement confisqués.
L’absence de place n’est pas une excuse
Certains propriétaires invoquent l’exiguïté de leur logement pour justifier l’impossibilité de rentrer leur bac. Le service déchets entend l’argument, mais ne l’accepte pas comme fatalité. Clément Gillon, directeur du service, explique que chaque situation peut faire l’objet d’un examen individualisé. Des solutions existent : bacs compacts verrouillés intégrés discrètement à l’espace public, recours aux bornes de tri pour les flux annexes. Il suffit de se manifester.
Aucune poubelle n’est anonyme
Certains croient pouvoir jouer la montre ou brouiller les pistes. C’est une illusion. Chaque bac distribué par la communauté de communes porte un numéro gravé qui le relie directement au logement auquel il est rattaché. Les fichiers fonciers permettent par ailleurs d’identifier les propriétaires sans difficulté. Utiliser la poubelle du voisin pour alléger sa redevance ne mène nulle part, la traçabilité rend ce type de contournement immédiatement détectable.
Dans des rues historiques aux trottoirs souvent réduits à leur minimum, la question dépasse le simple respect du règlement. C’est une affaire de civisme ordinaire : libérer l’espace commun, c’est aussi améliorer le quotidien de tout un quartier.


