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C’est sur trois écrans que Gaël Perdriau est apparu dans la salle d’Aguesseau. Polo gris-bleu, mains croisées, visage creusé, épaules affaissées : l’ancien maire de Saint-Étienne, incarcéré depuis le 7 janvier à Bourg-en-Bresse, n’a pas été extrait de la maison d’arrêt pour l’audience. Sa famille, présente pour la première fois dans une enceinte judiciaire, ne pouvait pas le voir. Interrogé sur sa situation, il a mis en avant ses besoins familiaux sans revenus depuis le 3 décembre, avec une épouse percevant 1 100 euros mensuels et un fils engagé dans trois années d’études. Une promesse d’embauche à compter du 1er avril a été versée au dossier par sa défense.
Ses avocats déjà dans le procès en appel
Me Paul Mallet a écarté méthodiquement tout risque de disparition de preuves, de pression sur les témoins ou de renouvellement de l’infraction. Me Jean-Félix Luciani a quant à lui inscrit la demande dans la perspective du procès en appel prévu en juin, plaidant la nécessité pour son client de préparer sa défense. L’avocat général a rapidement conclu que Perdriau présentait très peu de risques et devait être remis en liberté.
Rossary-Lenglet : une silhouette transformée
Entendu depuis le centre pénitentiaire de Lyon-Corbas, Gilles Rossary-Lenglet est apparu lui aussi transformé. Silhouette courbée, démarche hésitante, tremblements accentués, il a tenu à s’excuser d’emblée d’avoir retiré son dentier, craignant des difficultés d’élocution. Son avocate, Me Vicky Mazoyer, a plaidé sur deux axes : la nécessité de préparer le procès en appel, et surtout l’état de santé alarmant du détenu. Diabétique, souffrant de tremblements prononcés, il présentait lors de la dernière visite de son avocate une plaie ouverte et infectée au pied, dont les complications pourraient aller jusqu’à l’amputation. L’avocat général a lui aussi conclu à une remise en liberté sous contrôle judiciaire.
Des larmes avant la décision
Avant que la décision ne tombe, Rossary-Lenglet a pris la parole une dernière fois, les larmes aux yeux, évoquant le souvenir du visage des enfants de Gilles Artigues lors du procès, et s’engageant à observer un silence total vis-à-vis des médias en cas de libération.
À 18 heures, la cour a rendu sa décision : les deux hommes sont placés sous contrôle judiciaire sans bracelet électronique, avec interdiction de contact avec les coprévenus et les victimes, interdiction de quitter le territoire, résidence fixée dans la Loire et pointage bimensuel au commissariat de Saint-Étienne.
La question des 200 000 euros en suspens
L’audience a également effleuré un sujet sensible : Gaël Perdriau n’aurait pas versé à Gilles Artigues les 200 000 euros frappés d’exécution provisoire. La défense a rejeté toute idée d’insolvabilité organisée, mais la même cour avait jugé légitime, quelques jours plus tôt, de s’interroger sur la bonne foi de l’ancien édile concernant sa situation financière réelle. Quant à Samy Kéfi-Jérôme, troisième condamné du dossier, aucune demande de mise en liberté n’a été formée pour l’heure. Le procès en appel est prévu du 8 au 12 juin.


