L’après-midi a été consacré au visionnage de deux enregistrements réalisés par Gilles Rossary-Lenglet à l’insu de Gaël Perdriau. Les deux hommes, qui selon l’ancien maire se seraient peu rencontrés, y apparaissent en conversation cordiale, se tutoyant. Dans la seconde vidéo, des phrases de l’ex-maire claquent : « Le coup d’Artigues, vous étiez deux », « Une fois que c’est sur la table, il est mort même s’il n’y est pour rien. » Des formulations que la défense tente de requalifier en simples menaces plutôt qu’en chantage, une distinction qui permettrait d’écarter le chef d’association de malfaiteurs.
« Vous n’êtes plus totalement innocent »
C’est l’avocat général Olivier Nagabbo qui a porté le coup le plus significatif de la journée. En réponse à la demande de requalification formulée par la défense, il a pointé la contradiction : si l’avocat reconnaît des menaces, alors son client n’est plus totalement innocent. Une logique imparable qui a visiblement ébranlé l’ambiance dans le box de la défense.
Gaël Perdriau s’est par ailleurs retrouvé en difficulté sur plusieurs échanges. Sa comparaison entre ses propos de mauvais goût et les frasques de Benjamin Griveaux a provoqué des murmures de réprobation. La présidente Margareth Stragier l’a rappelé à son rang : un maire ne devrait pas tenir ce genre de propos. Ses commentaires sur les préférences supposées de Laurent Wauquiez pour certains profils de candidats ont également alourdi l’atmosphère.
Face à lui, Rossary-Lenglet, Kéfi-Jérôme et Gauttieri l’accusent chacun à leur façon, avec gourmandise pour le premier, amertume pour le second, retenue pour le troisième. Perdriau s’en saisit comme argument : trois versions pour un seul accusé, c’est trois versions qui se contredisent. Sur les subventions aux associations Agap et France-Lettonie, il maintient n’avoir rien su du kompromat ni de son financement, assurant avoir été trompé par les élus qui lui demandaient ces aides.
Le complot Juanico, une piste balayée
La défense a tenté de relancer la thèse d’un complot orchestré par Gilles Rossary-Lenglet et Régis Juanico pour déstabiliser l’ancien maire. Rossary-Lenglet a répondu d’une formule : « Je vous laisse à vos fantasmes. » Michel Thiollière, présent comme victime, a jugé la théorie invraisemblable. L’ancien maire campe pourtant sur cette position, estimant que l’implication du futur maire de Saint-Étienne aurait donné une autre dimension à l’enquête de Mediapart.
La question qui flotte dans la salle reste entière : comment Rossary-Lenglet a-t-il pu opérer si librement au cœur de la mairie ? Michel Thiollière a sa réponse : parce que les portes lui ont été grandes ouvertes.


