Lors du conseil municipal du 26 juin, le rapport d’activité 2024 de la Semad a été l’occasion de réaffirmer l’attachement au maintien de cet outil économique stratégique sur le territoire.
Depuis 2020, l’abattoir fonctionne sous l’égide de la Semad, Société d’économie mixte qui rassemble les cinq communautés de communes de l’est départemental, soixante exploitants agricoles et la Chambre d’agriculture. Cette gouvernance partagée garantit une représentation équilibrée des différents acteurs de la filière.
En mars 2024, l’organisation s’est renforcée avec la reprise de l’atelier de découpe et de transformation, précédemment géré par la Socaby. Cette intégration s’est accompagnée du recrutement de quatre salariés supplémentaires, consolidant l’activité globale.
Des résultats économiques encourageants
Les chiffres 2024 témoignent d’une activité soutenue et d’une santé financière correcte. Le tonnage traité reste stable avec 3 281 tonnes, soit une progression marginale de 9 tonnes (+0,27%) par rapport à 2023. Cette stabilité masque une répartition équilibrée entre les différentes productions.
L’abattage porcin représente la principale activité avec 1 232 tonnes traitées, suivi par les bovins avec 922 tonnes. L’atelier de découpe et transformation a traité 162 tonnes de viande, générant un chiffre d’affaires de 218 000 euros.
Un chiffre d’affaires global en progression
Pierre Liogier, maire d’Yssingeaux et président de la Semad, se félicite de l’évolution positive du chiffre d’affaires global qui atteint 1 704 638 euros, soit une hausse de 8,78% par rapport à l’exercice précédent.
Cette progression s’explique notamment par la montée en puissance de l’activité de transformation et l’optimisation des process, comme le souligne André Nicolas : « Ce qui nous a permis de monter en puissance, mais aussi d’équilibrer nos comptes. »
Malgré cette santé financière satisfaisante, des dépenses importantes se profilent à l’horizon. L’infrastructure actuelle, implantée en centre-ville, montre des signes de vieillissement nécessitant des interventions urgentes, notamment sur les groupes froids suite à des fuites constatées.
Au-delà des aspects techniques, la localisation urbaine génère des nuisances pour le voisinage, questionnant la pertinence du maintien sur site à long terme. « On sent bien qu’au fil des réunions, commence à naître le besoin d’un nouvel abattoir », constate André Nicolas.
Un terrain d’anticipation dans le nouveau PLU
Anticipant ces évolutions futures, la commune d’Yssingeaux a d’ores et déjà identifié un terrain dans la zone de Chausse de son nouveau Plan local d’urbanisme pour accueillir une éventuelle reconstruction. Cette prévoyance témoigne de la volonté municipale de maintenir l’activité sur son territoire.
Le conseil d’administration de la Semad a validé le principe d’une étude de faisabilité portée par la communauté de communes des Sucs, en collaboration avec les autres intercommunalités du Pays de la Jeune Loire.
La réflexion sur l’avenir yssingelais s’inscrit dans un contexte départemental complexe. Trois abattoirs coexistent actuellement en Haute-Loire : Brioude, Polignac et Yssingeaux. Cette densité pose question dans un environnement marqué par la baisse de consommation de viande et la dépendance aux gros clients.
L’abattoir communautaire de Polignac traverse notamment une période difficile, affaibli par la liquidation judiciaire de l’un de ses principaux clients. Un plan de redressement a été initié pour tenter de stabiliser sa situation.
Face à ces enjeux, une réunion s’est tenue en préfecture fin 2024 pour aborder globalement la question des abattoirs haut-ligériens. Le préfet a mandaté la DDETSPP pour conduire une étude prospective à cinq ans, visant à éclairer les décisions futures.
Un front uni des élus pour défendre Yssingeaux
Dans ce contexte incertain, les élus locaux font bloc autour de leur abattoir. Fin 2024, les élus des Sucs avaient voté une motion de soutien à l’établissement yssingelais. Le conseil municipal du 26 juin a confirmé cette position unanime.
« Il y a consensus pour dire que l’abattoir doit rester sur notre territoire », martèle André Nicolas, soulignant l’importance stratégique de cet outil pour le développement local.
L’argumentaire des défenseurs s’appuie sur le rayonnement géographique de l’établissement. « Son rayon d’action est conséquent, on ne touche pas que l’est du département. Des exploitants viennent aussi d’une partie du Puy-de-Dôme, de la Loire, du haut de l’Ardèche », précise André Nicolas.
Un enjeu de circuits courts et de ruralité
Au-delà des aspects purement économiques, les élus mettent en avant la dimension sociétale de l’abattoir. « Sa présence conforte la ruralité au sens large et noble du terme », développe André Perrier, membre du conseil d’administration.
L’établissement constitue un maillon essentiel des circuits courts alimentaires locaux. « Si on perd notre abattoir, on perd nos circuits courts. On en a besoin pour maintenir notre emploi, nos exploitations locales, les familles qu’il y a derrière », argumente-t-il.
Des atouts concurrentiels à valoriser
Les défenseurs de l’abattoir yssingelais mettent en avant plusieurs avantages compétitifs : disponibilité foncière, système d’épuration existant, savoir-faire local. Ces éléments constituent selon eux « des atouts de taille » pour justifier le maintien et la modernisation de l’outil.
L’étude de faisabilité lancée en avril 2025 par la communauté de communes des Sucs devrait rendre ses conclusions à la rentrée de septembre. Ce document orientera les décisions futures concernant l’évolution de l’abattoir yssingelais.
L’avenir de l’abattoir d’Yssingeaux constitue un test grandeur nature de la capacité des acteurs locaux à défendre leurs intérêts économiques face aux logiques de rationalisation. La mobilisation unanime des élus témoigne de la prise de conscience des enjeux, reste à savoir si cette détermination suffira à convaincre les instances décisionnaires.

