La délibération adoptée le 20 mai dernier par le conseil municipal de Lorette se heurte aux observations de la préfecture de la Loire. Ce texte, qui conditionnait une partie des subventions municipales à l’accueil exclusif d’enfants lorettois, ne respecterait pas la réglementation en vigueur.
Selon nos informations, les services de l’État auraient formulé des observations formelles concernant ce mode de financement de la crèche Coline et Colas. Cette intervention préfectorale redonne espoir aux défenseurs de l’association et complique la position du maire.
Deux mois pour régulariser la situation
La commune dispose désormais de deux mois pour présenter une nouvelle délibération conforme à la législation. Cette contrainte temporelle place Gérard Tardy dans l’obligation de revoir sa copie et de proposer un nouveau cadre conventionnel à l’association.
Cette échéance rapprochée intensifie la pression sur l’exécutif municipal qui doit composer avec l’opposition de quatorze élus de sa propre majorité et les exigences légales pointées par la préfecture.
Paradoxalement, la délibération contestée avait été adoptée à l’unanimité le 20 mai, y compris par les élus qui s’y opposent aujourd’hui. Cette situation embarrassante révèle soit un manque d’analyse préalable du texte, soit une évolution des positions politiques sous la pression des événements.
Le lendemain du vote, la crèche avait catégoriquement refusé de signer la convention proposée, déclenchant la crise qui secoue encore aujourd’hui la municipalité.
Une fronde interne qui persiste
Quatorze élus de la majorité municipale, menés par la première adjointe Éveline Oriol, maintiennent leur opposition frontale au maire. Cette rébellion interne fragilise considérablement l’autorité de Gérard Tardy et complique la gestion quotidienne des affaires municipales.
La sanction infligée à Éveline Oriol, privée de ses délégations, n’a pas suffi à ramener le calme dans les rangs de la majorité. Au contraire, elle semble avoir cristallisé l’opposition interne autour de la première adjointe.
La manifestation du 30 juin devant l’hôtel de ville a rassemblé une centaine de personnes : parents, enfants et personnel de Coline et Colas. Cette mobilisation citoyenne témoigne de l’attachement de la population à cet équipement et de son inquiétude face aux incertitudes.
Le maire persiste dans sa philosophie
Malgré le recadrage préfectoral, Gérard Tardy maintient sa vision des priorités municipales. « Quand je dis que les Lorettois n’ont pas à payer pour les enfants des autres, je suis dans la défense de l’intérêt général », argumente-t-il, assumant pleinement sa position.
Il reconnaît néanmoins que « la préfecture considère qu’on ne peut pas se permettre de définir l’utilisation d’une subvention qu’on donne à une association », admettant implicitement l’illégalité de l’approche initiale.
Le maire annonce que la future convention prendra la forme d’un « marché public », sans détailler cette approche. Cette piste pourrait permettre de contourner les écueils juridiques identifiés par la préfecture tout en maintenant un contrôle municipal sur l’utilisation des fonds publics.
Cette solution technique devra toutefois convaincre les services de l’État et obtenir l’adhésion d’une majorité du conseil municipal pour être adoptée.
L’opposition municipale enfonce le clou
Julien Lequeux, chef de file du groupe « Libres d’agir pour Lorette », dénonce « une modalité qui viole de manière flagrante les règles encadrant l’attribution de subventions à des structures privées ». Il rappelle que « la loi est formelle : une commune ne peut subordonner son soutien à un critère géographique quand elle n’exploite pas elle-même le service public ».
L’opposant municipal critique également la gestion du dossier par l’exécutif, estimant que le maire « n’a manifestement pas exercé la prudence nécessaire » et a « exposé la commune à un risque contentieux réel ».
Éveline Oriol se défend et contre-attaque
La première adjointe dégradée rejette les critiques de Julien Lequeux, l’accusant de « tirer la couverture à soi » et de profiter de la situation. Elle revendique son action avec les « 14 frondeurs » qui se sont rendus en préfecture pour dénoncer la délibération problématique.
Éveline Oriol révèle que « la clause problématique y a été ajoutée pendant mes vacances, je n’étais pas au courant », se dédouanant partiellement de sa responsabilité dans le vote initial. Elle défend également la dimension publique de la crèche et évoque la proposition de convention de la CAF comme alternative intéressante.
La première adjointe pointe une incohérence dans le discours du maire en évoquant la baignade de Lorette, « largement déficitaire » et fréquentée par seulement « 15% des Lorettois ». Cette comparaison vise à démontrer la sélectivité du maire dans l’application de ses principes de gestion des équipements municipaux.
L’avenir de la crèche toujours incertain
Malgré l’annonce d’une nouvelle délibération, l’avenir de la crèche Coline et Colas reste suspendu aux négociations à venir. L’association devra évaluer si la future proposition municipale lui permet de maintenir son fonctionnement actuel ou si elle doit envisager d’autres solutions.
La pression temporelle exercée par la préfecture accélère le processus de décision mais ne garantit pas une issue favorable à toutes les parties prenantes de ce conflit qui divise profondément la commune de Lorette.

